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Innumerable Forms - Pain Effulgence
Chronique par Storm - Publiée le 01/02/2026
Innumerable Forms - Pain Effulgence
Note : 4/6
Genre : Death/Doom Metal
Année : 2025
Label : Profound Lore Records
Pays : États-Unis
Durée : 35:10
Tracklist :
1.
Impulse
04:34
2.
Indignation
03:45
3.
Blotted Inside
04:02
4.
Dissonant Drift
04:54
5.
Ressentiment
03:05
6.
Overwhelming Subjugation
02:49
7.
Pain Effulgence
05:02
8.
Austerity and Attrition
06:59

Rien de mieux que de s’avouer vaincu sous les coups de semonce des Américains de INNUMERABLE FORMS qui nous reviennent pour leur troisième album, après un "Philosophical Collapse" rugueux, volontiers opaque, bien débectant, et déjà convenablement empreint de cette glaise poisseuse du Death Metal sombre finlandais, au son bien ancré dans les 90s, à l’obscurité rampante, aux ambiances moites et claustrophobes si démonstrativement déployées dans leurs caveaux respectifs par les DEMIGOD, CONVULSE ou autres ABHORRENCE. Nos amis ricains, également influencés par la scène du Death/Doom britannique des débuts de PARADISE LOST, ANATHEMA, déploient bien plus l’envergure de leurs ailes mélancoliques sur ce "Pain Effulgence" avec quelques relents d’un Black/Doom à la WORM du plus bel effet.

Comme un fait exprès, le chanteur, Justin DeTore, qui fait partie de DREAM UNENDING, s’est acoquiné récemment sur un split (ndlr : "Starpath") avec WORM. Tiens donc ! Le monde est petit. En tous cas, plonger dans ce nouvel album est un pur plaisir d’angoisse. Somme toute, bien plus oppressant, lourd, funèbre et lent, "Pain Effulgence" s’amuse avec nos nerfs en accélérant à intervalles réguliers les rythmes et en en diffusant la virulence empoisonnée. La production, claire mais lourde, bien soignée, nous propose un son bien épais rempli de reverb, qui a l’audace de nous faire léviter et chuter à la fois dans une glaise inextricable. Les riffs accordés plutôt bas nous étouffent voire nous écrasent parfois d’une atmosphère suffocante et viciée par une mélancolie tenace et un pessimisme funèbre teinté de relents empreints de ressentiments. INNUMERABLE FORMS sait parfaitement agiter son Death Metal caverneux dans une épaisseur sonore massive. Le growl profond, monocorde, uniforme et sépulcral de Justin DeTore nous empoisonne un peu plus encore les ambiances de par son jeu subtil et sa grande présence (bien qu’elle soit mixée un peu en arrière-plan).

Les rythmes sont variés et alternent entre blast beats (lors d’éclats de violence soudains), mid-tempos martiaux et de bien plus nombreux passages de Doom très lents, tutoyant parfois le Funeral Doom. La batterie a ce son typique des productions des 90s et le jeu de Connor Donnegan ne fait que dominer les esprits en nous ramenant à ces années-là. Les titres sont donc très embourbés dans quelque chose de malaisant et de désespérant. Les leads, fort nombreux, irradient de leur mélodicité l’ensemble des titres. À l’instar d’un WORM, c’est toute l’âme de Chuck Shuldiner que je m’imagine progresser dans ces labyrinthes sonores d’horreur, avec cette acuité exceptionnelle pour nous asséner de très belles envolées guitaristiques. Cependant, si je note que les titres de ce troisième album sont plutôt réussis, leurs structures ont tendance à se ressembler. Il n’y a pas vraiment dans ce "Pain Effulgence" de morceaux qui se démarquent des autres. J’aurai néanmoins un faible plus certain pour le très réussi et bien oppressant "Austerity And Attrition", ainsi que pour "Dissonnant Drift" (qui porte bien son nom !).

Évitant de s’étaler dans des longueurs et des durées démesurées, INNUMERABLE FORMS a trouvé le bon format pour ne pas lasser l’auditeur. Bien plus glacial et torturé encore que son prédécesseur "Philosophical Collapse", "Pain Effulgence" demande à ce qu’on s’y attarde et que l’on multiplie son écoute pour en tirer tout le suc maladif qui coule dans son cœur. Rampant, moite, mortuaire mais immersif, cet album convainc et sait saisir toute la crasse et la brutalité d’un Death Metal old-school funèbre, ainsi que la lenteur écrasante d’un Doom oppressant et maladif.

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