Lors de mes premiers contacts avec LAPIS NIGER il y a une paire d’années, j’avais été subjugué par leur deuxième album paru en 2010 : "Fuckin’ God Cult". La voix de Zrohell notamment m’avait laissé m’enivrer de ce Black Metal bien Raw dans l’âme, avec une fascination prégnante. Quelque chose de Wrath de DØDSFERD y transpirait avec cette crudité assez bestiale, contagieuse et qui souille allègrement nos oreilles prudes et chastes. Si le côté Punk des Grecs n’y était pas, les Italiens de LAPIS NIGER jouaient avant tout la carte de la malaisance. Ce n’était pas sans doute l’album de l’année, mais sa noirceur et son ambiance aigre m’avaient beaucoup plu.
Le Lapis Niger (= la pierre noire) est un ancien sanctuaire romain situé au niveau du Forum, bâti sous la forme d’un dallage en marbre noir de forme carrée où Romulus (le légendaire fondateur de la cité de Rome), selon la légende, aurait disparu dans un épais brouillard. Si les Italiens n’en font pas état dans leurs paroles, le trio continue pourtant à célébrer les anciens cultes mystiques romains. "Wrath Of The Myths" marque le retour de LAPIS NIGER après plus d’une décennie d’absence si l’on exclut la sortie de l’EP de 2019 : "Curse Of The Myths". Autant dire que je l’attendais au tournant ce nouvel album et que j’avais nourri et fantasmé de nouvelles horreurs. Si je le passe en revue, je dois noter que la production nettement plus propre désacralise un peu la singularité crue des années passées. LAPIS NIGER n’a pas changé son fusil d’épaule mais a mûri et s’est aussi calmé. Fini la torpeur ténébreuse du temps jadis, fini les sons excavés d’un tombeau profané par la langue de Satan, place à une fougue maîtrisée et à une agressivité moins vicelarde mais bien plus directe.
Les titres s’égrènent sans totalement me convaincre de leurs lambeaux mélodiques ou de leurs rythmes effrénés. LAPIS NIGER fait du Black Metal féroce mais sans une originalité puissante. Quand surgit "The March To The War", je salive un peu plus car j’y retrouve ce mid-tempo lancinant et angoissant qui avait fait la force majeure de "Fuckin’ God Cult". Idem pour le titre "Last Battle For Janus (Wotm)" bien composé et aux ambiances mortifères immédiates. Le côté guerrier et atmosphérique transparaît nettement sur ce titre lugubre. Et pour le coup ce LAPIS NIGER-là, je le porte haut et fort dans mon estime. Sa singularité se retrouve immédiatement et ce, malgré les années écoulées et la production bien plus moderne. Et c’est aussi avec certaines parties mid-tempo de "Talos In The Island" que je retrouve cette accointance belliqueuse avec les Grecs de DØDSFERD. Mais, car il y a un mais, je reste quelque peu sur ma faim concernant d’autres titres de cet album qui se fourvoient, à mon sens, un peu trop dans des blastbeats – très Brutal Black paraissant combler un manque de souffle mélodique.
Alors c’est avec une impression mi-figue mi-raisin (je ne m’embarquerai pas à faire un jeu de mots pourri sur les bacchanales), que j’accueille cet album. Il a en son sein toujours un cœur noir mais manque d’une certaine forme de prise directe. J’avais sans doute un peu trop idéalisé le retour mais je conviens que "Curse Of The Myths", s’il ne déboulonnera pas "Fuckin’ God Cult", sonne avant tout comme le retour réussi d’un groupe bien trop méconnu à mon goût.