Un peu après sa sortie de prison pour incendie d’église un soir de Noël 1992, incendie accompli avec son comparse, un certain Vikernes, Jørn Inge Tunsberg, ancien guitariste d’IMMORTAL et fondateur émérite de ce projet, reprit du service et enregistra, au Grieghallen à Bergen, ce premier album de HADES produit par Pytten. Notez que le groupe continua à s’appeler HADES jusqu’en 1998, date à laquelle un foutu groupe américain homonyme de Heavy/Power sema la discorde et obligea les Norvégiens à se rebaptiser autrement. Ce sera HADES ALMIGHTY. La démo unique de 1992, "Alone Walkyng", nous avait déjà donné pas mal d’indications sur le dessein du groupe de faire emprunter à son Black Metal un chemin plus épique et atmosphérique.
Et c’est plutôt autour de mid-tempos que les titres vont s’évertuer à cracher leur noirceur. Avec un chanteur aux vocaux râpeux bien infectés par la haine, un riffing bien recherché, mixé un peu en arrière-plan, et une batterie bien inspirée, il vous sera peut-être aisé de percevoir l’influence, dans ce premier album, des œuvres de Quorthon de BATHORY (surtout la période "Hammerheart"). L’esthétique du Black/Viking que développeront, avec plus de teintes progressives, d’autres compatriotes comme ENSLAVED et HELHEIM, ou bien encore, par la suite, avec une autre forme de virulence, KAMPFAR et WINDIR, mais aussi plus sagement BORKNAGAR et EINHERJER, trouve avec "…Again Shall Be" un écho bien plus obscur et froid, parfois mâtiné d’une hypnose toute BURZUM-ienne.
Les nappes de claviers d’un titre tel que "The Spirit Of An Ancient Past" ne vous laisseront peut-être pas de marbre, mais vous figeront tout de même et vous feront apprécier cette torpeur solennelle remonter à la surface de vos pensées. "Glorious Again The Northland Shall Become" est un titre ingénieux, fait de montées mélodiques, d’intrications de guitare acoustique et d’un mood épique assez mélancolique. Si les mélodies sont simples, elles restent mémorables grâce à leur férocité de fond et à leur empreinte épique. Écoutez donc "The Ecstasy Of An Astral Journey", ou bien encore le très entraînant titre éponyme…
À contrario des productions de l’époque qui s’évertuaient à hausser le ton et les rythmes, les Norvégiens de HADES entraînaient leurs compositions vers des paysages nordiques crépusculaires, en calmant les ardeurs. Comme une marche nocturne solitaire, sans but mais continue, "…Again Shall Be" agite et déploie avec brio ces riffs funèbres, ces rythmes processionnels et ces nappes de claviers brumeuses tout du long de ces dix titres et de sa quasi-heure de musique. Et cet album vieillit d’ailleurs plutôt très bien, tant ses atmosphères et ses ambiances restent authentiques. Les Norvégiens transformeront ce premier essai avec le cultissime "The Dawn Of The Dying Sun", mais ce premier opus, s’il est resté un peu dans l’ombre, mérite un nouvel éclairage.