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Lhaäd - Beyond
Chronique par Storm - Publiée le 02/02/2026
Lhaäd - Beyond
Note : 5/6
Genre : Black Metal
Année : 2025
Label : Autoproduction
Pays : Belgique
Durée : 42:34
Tracklist :
1.
Beyond I
07:50
2.
Beyond II
07:33
3.
Beyond III
06:15
4.
Beyond IV
06:00
5.
Beyond V
06:59
6.
Beyond VI
07:57

C’est toujours après un engloutissement qu’un album de LHAÄD prend sens. Les abysses des océans nous réservent encore un nombre de découvertes incommensurables, y détecter quelques ruines ou mystères humains très certainement. En attendant de découvrir ces trésors ou ces vestiges du temps passé, il est encore temps de plonger dans l’absolu liquide avec ce one-man-band belge dont je vous avais parlé pas plus tard que l’année dernière à l’occasion d’un nouvel album. En remontant des profondeurs, "Beneath" avait su se révéler dense, tellurique, avec une production organique et un sens du crescendo émotionnel. "Beyond" nous revient un an quasiment jour pour jour, après un épisode de grandes marées, et sous les mêmes atours : six titres et une quarantaine de minutes au compteur, de quoi ne pas trop bouleverser (peut-être) le réglage de notre sextant.

Mais cette fois-ci, l’apanage des hauts-fonds va nous faire ressentir un courant océanique plus puissant encore, et glacial assurément. Notre navigation va s’en trouver bien plus chamboulée. Une tempête de riffs va s’abattre sur notre espoir, gonfler d’angoisse nos voiles et assombrir les cieux dévorants d’un noir profond. Plus mélodique encore que les deux précédents albums, "Beyond" se caractérise de ses deux grands frères par une volonté plus féroce et insatiable de nous conter les épreuves glaçantes d’effroi des pièges de la haute mer, le tout enveloppé dans un Black Metal puissant et comblé d’atmosphères et de riffs saillants à la EMPEROR (période "In The Nightside Eclipse", mais surtout "Anthems To The Welkin At Dusk"). Écoutez, pour vous en convaincre, le superbe titre "Beyond III", avec ses riffs dissonants éclatants, d’une lumière contenue et miroitant au gré du courant océanique et des rayons d’un soleil vif traversant les eaux profondes, ainsi que ses nappes de claviers hypnotiques, magistralement orchestrées et errantes de manière spectrale.

D’une manière générale, le riffing de ce nouvel album est assez irrésistible, et l’aura noire que dégagent les vocaux fulmineux de Lykormas est sur ce "Beyond" tout aussi passionnante dans la rage qu’il arrive à faire culminer et à nous faire remonter à la surface à grands bouillons. Mention spéciale au titre d’ouverture exceptionnel – et je pèse mes mots – qui nous délivre avec pugnacité un Black Metal impérial, hanté par la violence, le mystère, et mélodiquement racé. Il y a aussi ces effets sonores (courants d’eau, bouillons de bulles d’air s’échappant, sonars, clapotis et remous des vagues s’échouant) qui nous rappellent le projet de LHAÄD, de son aspiration à nous conter l’inconnu imperceptible ou bien ignoré de la zone hadale. Mais cette fois, à la différence des deux pochettes des deux albums précédents, toujours dessinées par l’artiste belge Wesley Dewackel, celle de "Beyond" nous montre au milieu du bleu intense et océanique caractéristique de LHAÄD une porte rougeoyante léchée de flammes infernales. Est-ce celle des enfers au fond de ces abysses ? Est-ce celle du monde invisible ? Je vous laisse à vos interprétations.

"Beyond IV" m’a littéralement aspiré dans son gouffre atmosphérique avec ses leads superbes, son break majestueux et les nombreux effets sonores (dont je vous parlais plus haut) qui émaillent ces six minutes. "Beyond V" est un titre tout aussi prodigieux, au riffing entêtant, qui marie le meilleur des deux mondes (entre hargne et ambiance). Les claviers sonnent tantôt comme les échos d’un radar menaçant, tantôt comme des traces sonores erratiques perdues dans les limbes aquatiques. C’en est ensorcelant et captivant à la fois. En y repensant, au contact régulier et proche de ce titre et de l’album dans son entièreté, l’ivresse des profondeurs nous guette à plus d’un tour. Il est bien temps de peaufiner ses apnées et de plonger dans ce chef-d’œuvre de 2025 qui nous dévoile un flot continu de riffs géniaux, poussés par une production claire et très transparente, et où nulle lassitude ne se fait sentir. Ma dernière réflexion serait de savoir où le dessein du futur album va nous mener car, à bien y écouter de plus près, la fin du dernier titre "Beyond VI", qui, après avoir été bercé par les vagues et nous avoir fait échouer sur le rivage d’une contrée inconnue, nous laisse entendre le crépitement d’un feu de bois équivoque et ardent… Mon dernier mot sera pour Lykormas et pour le remercier de ce "Beyond" imposant.

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