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Martröð - Draumsýnir Eldsins
Chronique par Storm - Publiée le 02/02/2026
Martröð - Draumsýnir Eldsins
Note : 4/6
Genre : Black Metal Impérial
Année : 2025
Label : Debemur Morti Productions
Pays : International
Durée : 36:40
Tracklist :
1.
Sköpunin
09:46
2.
Líkaminn
08:34
3.
Tíminn
08:29
4.
Dauðinn
09:51

Cette fois, Alexander Poole a jeté son dévolu sur ce projet pour lui administrer enfin un album long format après le terrible EP sorti en 2016 : "Transmutation Of Wounds", qui était déjà bien doté en atmosphères impériales. Nous sommes sommés donc d’atterrir en terres rougeoyantes pour un peu plus de trente-six minutes de cuisson dans les flammes de l’Enfer. Cette fois, le comparse d’Alexander Poole ne se nomme ni Collier d’Ombre, ni Swartadauþuz, ni Likpredikaren ; non, il s’agit bien de H. V. Lyngdal. Il est Islandais et a participé brillamment déjà cette année au projet VÖRNIR, dont vous trouverez la trace d’une chronique en ces lieux. Mais le sieur Poole a bien évidemment convié la machine Jack Blackburn comme batteur de session, histoire de bien nous fouetter l’oreille sans discontinuer.

Inutile de vous étrangler après avoir pressé le bouton lecture, "Draumsýnir Eldsins" va vous en empêcher pour mieux vous faire agoniser le temps de ces quatre longs titres aussi labyrinthiques que dissonants, aussi noirâtres que tempétueux, et aux desseins volontiers infernaux et dérangeants. Avec MARTRÖÐ, il vous sera difficile de respirer amplement et de trouver une quelconque sérénité, tant les rythmes sont effrénés, les leads lugubres et la volonté marquée du groupe de créer un malaise, un inconfort. Vous pourrez trouver en cet album des accointances avec BLUT AUS NORD, DEATHSPELL OMEGA si nous regardons du côté de nos contrées, mais parler de SERPENT COLUMN ou de NIGHTBRINGER paraît tout aussi approprié. Enfin, vous voyez le genre, quoi ! Pas du menu fretin en somme, et pas vraiment de l’édulcoré. Alex Poole nous propose un projet féroce, véloce, monstrueux de puissance et totalement hanté par le chaos.

D’ailleurs, ce dernier nous indique que "Draumsýnir Eldsins" serait un voyage dans les limbes d’un rituel visionnaire flottant entre plusieurs états de conscience, comme un rêve halluciné plus cauchemardesque qu’envoûtant, comme le passage vers des vérités voilées et indicibles. L’intensité, la puissance brute et la sauvagerie de cet album se ressentent vivement. Pourtant, quelques poches d’air salvatrices parsèment les titres. Je pense notamment à la seconde partie de "Sköpunin" avec son break lugubre élaboré autour des cordes frottées de la guitare (vers la cinquième minute), mais également aux chœurs qu’enveloppera par la suite un violoncelle en concluant le titre. Nous arrivons à reprendre un peu notre souffle avant de replonger les pieds en avant dans les abîmes de l’Enfer. Et puis il y a aussi la fin rituelle du titre suivant, "Líkaminn", avec ces lignes de violoncelle fantomatiques, ou bien encore la très belle introduction du dernier titre, "Dauðinn", aussi funeste que téméraire avant qu’elle ne soit écrasée par la fulgurance des riffs dissonants.

Vous l’aurez compris, "Draumsýnir Eldsins" n’est que noirceur et grands galops de l’Apocalypse. En dressant des paysages sonores tordus, diffractés par la malaisance et l’incandescence absolue, Alexander Poole, qui a mis plus de trois ans pour accoucher de cet album, nous annihile l’esprit par ses riffs nuisibles, ses structures torturées et ses angoisses terribles qui fondent sur vous telles une horde d’Érynies affamées. Album puissant, volontiers indigeste pour les plus délicats d’entre nous, mais d’une aura monstrueuse pour qui souhaite le grand ordonnancement du chaos ainsi que la suprématie de la destruction sur tous les êtres qui vous entourent.

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