En écoutant la discographie du groupe, une première intuition/perception nous interroge : MORCOLAC sonne comme un groupe purement finlandais alors que le trio est italien. Sa grande férocité, ses vocaux obscurs et plantant la chair, ses nappes de claviers un poil kitschissimes par endroits mais bien souvent très ambiancées perpétuent ce questionnement. À vrai dire, peu importe, mais les compositions revêtent cet aspect sombre, envoûtant, avec des riffs accrocheurs et mélodiques à souhait, le tout bien enveloppé dans une production volontairement brute (mais point Raw, je vous rassure).
Savez-vous ce que signifie : MORCOLAC ? Non, ce n’est pas l'énième bébête erratique du coin (ni une boisson cousine de l’infâme cacao lacté bien connu), mais bel et bien, selon le folklore roumain, une sorte de fantôme ou de spectre souvent décrit comme l’âme d’un enfant mort-né ou non baptisé, qui viendrait hanter les vivants. Distinct d’un Strigoi, une autre créature vampirique roumaine, le Morcolac peut être aussi cet esprit ou cette entité nocturne qui suce le sang et apporte des maladies tout en cherchant « à manger le soleil et la lune » selon l’expression consacrée. Vous l’aurez compris, les Italiens de MORCOLAC, en épousant ce nom, ont bien entendu choisi de développer les aspects sombres et l’esthétique vampirique ancrée dans les traditions et les croyances populaires d’Europe de l’Est.
Pour en revenir à la musique, ce troisième album est une très belle surprise et confirme l’évolution entreprise depuis le dernier EP sorti l’année dernière, le bien-nommé "Drawbridge To Citadel Of No More Dawn". En effet, si des efforts ont été faits du côté de la production dorénavant bien plus intelligible et transparente, le groupe a mûri son identité. Finies les maladresses parfois hirsutes des claviers, fini aussi le riffing plutôt sommaire, place désormais à une mélodicité mordante « à la finlandaise » à la palette émotionnelle plus étendue, et aux claviers fantomatiques avec leurs touches d’orgue maudites un tantinet kitsch (et c’est tant mieux). Les vocaux de Sadomaster sont toujours aussi expressifs et conducteurs d’agressivité. De ce côté-là, tout est parfait. Il en résulte donc des compositions bien plus entêtantes.
Notons par exemple la plus belle d’entre toutes, celle éponyme, qui ouvre l’album avec maestria. Son refrain a de quoi rester en mémoire et vous bercer pour vos nuits d’insomnie ou d’ivresse. Convaincante, ses motifs sonores ont de quoi émerveiller l’écoute que l’on en fait. Passé ce titre exceptionnel, le contenu des autres compositions sera en-deçà sans jamais trop faiblir pour autant. "Dragonbanners Draw The Horizon" me passionne pourtant intensément. Cette ballade sonore nous fait traverser des paysages désolés à dos de dragon – comme nous le dévoile cette très belle pochette – et son clavier médiéval (une constante sur cet album et une vraie plus-value portée intelligemment par le groupe) ponctue mélancoliquement ce voyage maléfique. Mention honorable également à "Ominous Castledusk" et "Blacklight Torches From Below", vampiriques à souhait et suintant tous deux les catacombes bien fraîches.
En définitive, MORCOLAC ne peut plus me décevoir après cette évolution perceptible et la constance de son travail acharné qui, comme tout effort prolongé, paye. Le juste retour des choses, en somme. Au royaume du Black irascible et atmosphérique, les Italiens de MORCOLAC marquent leurs ambitions. Plus encore qu’un simple album de Black Metal, "Sanguinaria" installe et confirme une vraie singularité en développant son Black Metal. Loin des clichés tout crocs dehors des « great ladies » d’Angleterre, les Italiens développent avec persuasion la relève des gardiens de cachots qui ont tant vu la part mortelle des ombres. Même l’outro finale m’a fait relever la tête. On dirait un titre de DEAD CAN DANCE, je vous dis que cela…