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Noirsuaire - The Dragging Poison
Chronique par Storm - Publiée le 03/02/2026
Noirsuaire - The Dragging Poison
Note : 4/6
Genre : Black Metal
Année : 2025
Label : Osmose Productions
Pays : France
Durée : 35:44
Tracklist :
1.
Intro - Thousands Throats Thousands Spears
03:31
2.
The Trance of Bedless Bones
04:31
3.
Fogged by the Leaves of Pestilence
03:40
4.
The Dragging Poison
05:18
5.
Possessed by a Malignant Lust
04:04
6.
Interlude - Withering Veins
01:50
7.
Enshrouded in Rabid Repugnance
03:32
8.
Sworn by Sinister Wisdom
04:41
9.
Noirsuaire
04:37

Votre respiration n’est qu’haletante, vos doigts se crispent contre les murs de cette bâtisse où vous avez échoué, perdu au beau milieu de contrées qui vous sont inconnues. La nuit, qui exhale déjà son éternité cauchemardesque, ne fait que commencer. Au fur et à mesure du temps qui passe, elle épaissit son emprise sur votre esprit et vous étreint sans jamais lâcher prise. Vous voilà poussés à entrer dans des souterrains qui semblent avoir comme seul dessein de vous avaler, vous et votre pensée pleine d’humanité. Vous le percevez nettement et cela vous horrifie intégralement. Plus la peur vous tenaille, plus vous ressentez que ces murs sont en appétit. Un corridor s’ouvre devant vous et, la vue brouillée, vous devinez à peine une myriade d’yeux luisant dans l’obscurité qui vous regardent intensément. En vous en rapprochant, vous comprenez qu’il s’agit d’une créature gisant dans ces lieux. Vous tentez de dire un mot pour rompre un silence glacial, mais instantanément vous tombez inconscient, en proie à de nouveaux cauchemars… Et pourtant, cette créature vous réveille en hurlant « France » !

Hé ouais, cela faisait un bail que nous n’avions pas retrouvé l’esprit de ce Black Metal corrompu par l’infernalité et l’excrétion de la philanthropie. Nous y voilà enfin ! Retour à la fin des 90s et au tout début des années 2000, lorsque les LLN (Les Légions Noires) ou le Concilium du Sud-Est (SEIGNEUR VOLAND, CELESTIA, KRISTALLNACHT) marchaient impériaux sur le territoire hexagonal et exhortaient la radicalité et l’opacité à s’emparer de la lumière. Le duo occitan de NORSUAIRE m’y fait beaucoup penser. Alors certes, la production n’est pas foncièrement Lo-Fi, elle est même signée Sébastien Tulvi, l’homme-orchestre derrière le projet AOSOTH ou bien encore HELL MILITIA (les connaisseurs apprécieront), et sortie via Osmose Productions ; il n’en fait pas sans dire que "The Dragging Poison" sonne de manière bien plus propre que les sorties d’un BELKETRE ou autres VLAD TEPES, TORGEIST, MÜTIILATION…

Nos corps s’agitent par spasmes entiers, nos yeux virent au rouge, notre pensée se fait inhumaine dès les premières secondes rutilantes de "The Trance Of Bedless Bones", avec ses riffings génialement entraînants et cryptiques à souhait. Un vent glacial nous entoure et nous replonge aux heures majestueuses et sombres des NEHEMÄH ou autres CRYSTALIUM, mais également aux lueurs belliqueuses de la scène finlandaise (KORGONTHURUS, SARGEIST, SARASTUS, HORNA). Le chant bien singulier de N participe aussi implacablement à cette violence possédée et hantée qui émane de cette musique sulfureuse. Son grain ténébreux et glaçant, bien mis en avant, constitue aussi un pivot important autour duquel gravitent les ambiances et la mélodicité des guitares. Le titre "Fogged By The Leaves Of Pestilence" est un hommage à Nisse Karlén (SACRAMENTUM), qui nous a subitement quittés l’été dernier, mais également un des titres les plus intéressants de l’album, avec "Possessed By A Malignant Lust", dont l’accroche des riffs et des leads reste très énergique et magnétique.

Je reste conquis par ce premier album de NORSUAIRE, finalisé et peaufiné dans les moindres détails, après une succession d’EP. Mirez aussi la belle pochette, bien évocatrice de l’atmosphère, et signée David Thiérée (qui a produit récemment la pochette du dernier WARLOGHE). Rien à redire concernant l’esthétique. Le bémol que j’émettrai serait autour d’une forme de redondance que certains titres de "The Dragging Poison" contiennent. Malgré l’efficacité mélodique, l’aura belliqueuse du chant de N et les rythmes enflammés d’Agravh, je n’arrive pas à être totalement conquis, malgré les écoutes répétées. L’architecture des titres reste toujours un peu la même, malgré, je le répète, une grande efficacité. Le prochain album gommera peut-être ces quelques menus défauts. En attendant, j’apprécie beaucoup cette sauvagerie : mélange de la « French Touch » de jadis et de la fureur de la scène finlandaise dans sa version mélodique et atmosphérique. À découvrir donc, et à ne pas sous-estimer.

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