Pour bon nombre, les œuvres d’Andy Marschall sont réellement passionnantes, nous entraînent sur les territoires tourbeux de l’Écosse et nous suggèrent de prendre part à la singulière histoire de ce pays. Souvenons-nous de l’initiatique projet ASKIVAL et son unique album. Réécoutons les deux albums du FUATH pour nous remettre son génie en tête. De manière contemporaine, nous pourrions parler en ces mêmes termes des œuvres de Austin Lunn au sein de PANOPTICON, des Irlandais de PRIMORDIAL, des Anglais de WINTERFYLLETH ou de WODENSTHRONE, ou bien encore aux Américains de AGALLOCH. Tous ces groupes sont mus, ou l’ont été à un moment donné de leurs parcours musicaux respectifs, par ce dessein superbe d’embrasser le Black Metal en lui apportant cette part épique, folk, majestueuse et densément atmosphérique.
Le projet principal d’Andy Marschall a connu des hauts et des bas, la puissance prodigieuse de son premier album d’abord sous le patronyme de ÀRSAIDH, "Roots", avait ému au possible et fait tomber en pamoison en 2013 les amoureux transis du Black Atmosphérique et Folklorique. Difficile de résister à la beauté aimantée de ses titres, à sa flûte captivante et émouvante, au métissage habile d’autres instruments traditionnels et d’un Black Metal à l’aura lumineuse sous les cieux celtes. La célébrité de ce projet était faite tant ce premier album sonnait de manière éclatante. En nous proposant une découverte quasi patrimoniale des contrées écossaises sous la gouverne d’une douce mélancolie nostalgique et brumeuse, Andy Marschall réanimait les plus belles heures de ce Black Metal, un peu délaissé, depuis la baisse de rythme des sorties des Finlandais de MOONSORROW (je ne parle pas bien sûr de leurs qualités intrinsèques, le génie des Finlandais est hors-classe).
Alors, si j’avais perçu ce manque d’éclat dans les dernières œuvres de SAOR, qu’en est-il de ce sixième album ? Qu’est-ce qui se manifeste au sein de ses longues compositions comme à l’accoutumée ? De prime abord tout le sel qui a composé le succès et la grande singularité du projet de l’Écossais est ici toujours bien mis en avant. Nombre d’instruments folkloriques (la flûte et la cornemuse irlandaise, le fiddle) mais aussi un violoncelle, une viole de gambe s’agrègent à ceux classiques qui composent traditionnellement le Black Metal mélodique apportant une note symphonique et orchestrale très gracieuse et captivante.
Cet album rejoint ainsi ses deux grands frères que sont "Guardians" (2016) et "Forgotten Paths" (2019) de par les similarités et les ambiances connexes. Avec une production avantageant l’immersion et cette impression holographique, nous plongeons véritablement dans l’épopée de chaque titre où jaillissent des champs sonores superbes. Le titre éponyme qui ouvre l’album est magnifique. Les parties vocales de Ella Zlotos et ses talents à la flûte magnifient au centuple le sentiment d’éternité qui se dégage de ce titre. Et il en sera de même pour les deux titres suivants, "Echoes Of The Ancient Land" et "Glen Of Sorrow", qui nous comblent de leurs envolées Folk et épiques à souhait et baignant dans la mélancolie. Encore une fois les instruments à cordes et à vent vont se joindre pour créer des motifs sonores somptueux… me rappelant par intermittences les travaux talentueux de Ilian Rafalkyi au sein de SEVEROTH.
Et si les titres sont longs, bien au-delà de la dizaine de minutes pour la plupart, ils développent paisiblement leur pouvoir hypnotique sans jamais créer de sentiments d’ennui ou de lassitude. Andy Marschall a réussi son pari et orchestre un grand retour, trois ans après la sortie en demi-teinte de "Origins" où il n’avait pas forcé sur son talent. Et c’est presque une heure de musique entraînante qui vous attend avec "Amidst The Ruins". Mention spéciale au titre de clôture – et aussi le plus long de l’album – "Rebirth" qui ouvre une voie en mettant de la lumière partout où ses mélodies se posent. Les vocaux doucereusement arrachés d’Andy sont sur cet album tout à fait pertinents, bien plus que sur les précédents albums. La flûte irlandaise, à bien des égards, est mise en avant tout du long de "Amidst The Ruins". La marque fabrique de SAOR reprend du galon grâce aux superbes compositions et aux riffs soyeux trouvés par Andy. À l’évidence, cet album marquera mon début d’année 2025 et je suis très heureux de retrouver un SAOR de cette qualité-là. Magique !