Quand on pense « black metal », on pense le plus souvent à la noirceur, aux ténèbres, à l’occulte ou encore à la mélancolie. Mais, alors que cela devrait être plus souvent le cas, l’adjectif « libidineux » est relativement délaissé. Non pas que le black metal soit vierge de tout érotisme. On aperçoit çà et là une paire de seins ou encore on croise des pochettes plus que suggestives, notamment dans le war black metal. Mais une thématique cent pour cent portée sur les plaisirs de la chair n’est pas la norme, convenons-en.
L’ami Köros, lui, c’est son truc, par contre. Non, non, pas de l’érotisme caché sous les oripeaux de l’art esthétisant. Non, pas sous forme de métaphore, de peur de sonner « populo » ou carrément « beauf ». L’ami Köros, lui, il aime le cul, la touffe velue, le coït, la bite. Il avait déjà démarré les hostilités au cours de ses multiples démos, mais avec ce premier et ultime album signé chez Forgotten Wisdom, les fluides, épais et rances, se mélangent enfin. Et oui, j’ai dit bite. D’ailleurs, il la montre bien fièrement dans l’artwork de l’album, tant qu’à faire. Amour du péché de chair, soif de sexe et de sang, passion ouverte pour les pratiques BDSM : les paroles de Les Homélies du Vice prennent largement leur élan dans un maelström de verbe et de foutre et marquent leur affiliation avec une longue tradition sadienne.
Musicalement ? N’attendez pas un metal noir aux influences gothiques et raffinées, mais un black metal aux très forts relents thrash. L’essentiel de l’album est aussi rentre-dedans que bas du front et, malgré le fait que rien ne soit foncièrement original, il se dégage tout de même un amour du travail bien fait, un acharnement dans l’exploitation du vice. Formellement, on retrouve un mélange entre Darkthrone, Akitsa et des plans bien thrashouilles à la Aura Noir. Noirs et âpres, les titres sont malheureusement handicapés par une production qui aurait gagné en équilibre, que j’appellerais la « production numérique bien d’époque ». Batterie, à mon sens, trop en avant, guitares compressées, pas très éloignées du direct-to-PC… Qu’une économie de moyens touche un album aussi rance que le foutre est bien dommage…
Il n’empêche que les breaks juteux, les samples de jouissance et la participation d’invités permettent le plaisir de quelques moments. On peut citer Ebola d’Ond Aaand, la voix du regretté Kurgan du label D.U.K.E, ainsi que l’écriture de Xaphan de Seigneur Voland, qui donne à Les Homélies du Vice une saveur authentique.