La saison de l’automne ou celle du début de l’hiver se prête tellement à la tristesse du Doom/Death Atmosphérique qu’il m’est instinctuel, sans doute comme d’autres parmi vous, de partir en quête d’albums à se mettre dans les oreilles pour balayer les tourments et se préparer à l’hibernation de certaines de nos pensées ensoleillées. Certaines sorties récentes ont d’ailleurs égayé (façon de parler) cette recherche, je pense notamment au dernier FALLING LEAVES, "The Silence That Binds Us", ou bien encore à "A Throne Of Ashes" de SUN OF THE DYING, arrivé encore plus récemment dans nos contrées d’écoute. Et c’est aussi du côté du catalogue de Meuse Music Records que je puise pour dénicher quelques projets souvent pertinents du point de vue émotionnel.
SORROWFUL LAND nous vient des contrées d’Ukraine et, par là-bas, il est à peu près certain que l’on ne respire pas la joie à plein poumons. Maksym Molodtsov est un multi-instrumentiste prolifique qui s’épanouit dans divers projets locaux allant du Gothic Metal au Metal Symphonique. SORROWFUL LAND est donc son projet le plus extrême, pourrait-on dire, mais le sieur arrive à alourdir suffisamment le Doom/Death qu’il insuffle dans ce "Hiraeth", somme toute plus mélodique qu’atmosphérique, et il y a de très belles idées, nous y reviendrons. Plutôt confidentiel, ce groupe en est pourtant à son quatrième album et n’est pas né de la dernière pluie, puisque ses débuts datent d’un peu plus d’une dizaine d’années.
Avec ce nouvel album, nous sommes transportés doucereusement sur les pentes glissantes du spleen. Les sept titres qui le composent sont pourtant assez accessibles et n’effraieront pas les plus farouches au style. L’apport d’un chant ténor, assuré par le Suédois Henrik Ekholm, que vous avez pu entendre par ailleurs sur le bel album de SOLILOQUIUM sorti également cette année par le label Music Meuse Records, tempère les growls ténébreux de Maksym. Cela apporte ainsi une coloration plus Post parfois, plutôt bien travaillée. Je pense au titre intéressant "Unreachable", qui fait fonctionner très bien ce clair-obscur, mais également au titre suivant, "Dark Trinity", plus lancinant encore et doomy dans l’âme. Du reste, je remarque que la première partie de l’album arrive bien plus à nous tenir en haleine que la seconde.
J’apprécie tout particulièrement le titre introducteur, "The Day Is Past And Gone", qui m’a beaucoup ramené aux belles heures de TRISTITIA, lorsque Luis Beethoven Galvez nous enchantait avec sa science des leads et des mélodies mélancoliques. Le Doom/Gothique des années 90 transpire dans les compositions de "Hiraeth" et flotte d’ici de là dans certains recoins des riffs et des ambiances, et nous ramène parfois à du PARADISE LOST, mais c’est également certaines aspérités, si chères aux fascinants Finlandais de SWALLOW THE SUN, qui, de temps à autre, paraissent s’en faire l’écho. Pourtant, d’autres titres me convainquent moins et pourraient constituer un ventre mou ("In Time Of Endless Nights", "The Silent Slumber"), ce qui ne nous hérisserait pas plus que cela le poil, mais dont le manque de variété ou de riffs accrocheurs conduirait à nous ôter l’attention.
Pourtant, "Hiraeth" est un album que j’écoute régulièrement, notamment sa première partie, vous l’aurez compris. Travaillé, non exempt de très belles émotions, cet album possède un charme et un certain chatoiement qui me font y revenir régulièrement. Je l’ai beaucoup écouté et j’imagine encore le faire. Une nouvelle fois encore, Music Meuse Records a eu le nez creux. Peut-être est-il temps aussi pour moi de remonter le fil discographique de SORROWFUL LAND et d’aller tâter, dans l’obscurité du temps écoulé, quelques titres-joyaux fort bien cachés.