Voilà un groupe que j’ai toujours suivi du coin de l’œil et cela fait déjà un peu plus de deux décennies que cela dure. Si je devais vous les présenter, je dirais qu’il s’agit du haut du panier du Black Metal lugubre italien. Du reste, le grand maître à penser de ce groupe, Atratus, officiait également auprès de BEATRÌK, une entité marquante du Black/Doom dérangeant, dont je ne peux que recommander l’écoute invasive de ce brûlot qu’est "Journey Through The End Of Life" sorti en 2002 avec son Black. Pour en revenir à TENEBRAE IN PERPETUUM, sachez, chers lecteurs impassibles, qu’Atratus y a composé pas plus de quatre albums, dont le très hanté "Onori Funebri Rituali" (2003), mètre-étalon du groupe, qui m’a tant passionné, notamment de par sa dimension vampirique et spectrale hors norme (écoutez-moi donc cette piste fort immersive "Delirio Nella Cripta" pour vous rendre compte de ce potentiel furieux).
En 2005, Atratus fournit une seconde fournée de titres envoûtants au sein du très bel "Antico Misticismo", dont le génial "La Soppressione Delle Fedi" que j’aime tant encore me passer. Plus tard encore, Atratus va quelque peu s’essouffler, et son manque d’inspiration va plus largement s’étaler au sein des deux albums suivants : "L’Eterno Maligno Silenzio" (2009) et "Anorexia Obscura" (2019), qui nous dévoilaient une face plus expérimentale/dissonante et bancale à la fois. Autant dire que j’accueillais cette nouvelle offrande avec une pointe de doute, mais que, passée l’intro, j’écartais enfin toute déconvenue possible, car TENEBRAE IN PERPETUUM, avec ce "Vacuum Coeli", à l’instar d’un ORDER OF NOSFERAT, nous fout une frousse aux trousses (si vous m’excusez ce jeu de mots douteux mais on ne peut plus juste), suintant les caveaux humides et les corridors sombres.
La voix d’Atratus a toujours eu cet effet magnétique chez moi. Son timbre racé et quelque peu dérangeant nous invective avec une agressivité toute singulière. Le phrasé en italien rajoute cette dose supplémentaire de tourments et d’ambiances lugubres qui collent aux neurones. La misanthropie est de rigueur avec ces riffs toujours aussi acérés et glacés, et ces leads diaboliques qui vous envoûtent à l’infini. À l’écoute de certains titres comme les très réussis – et je pèse mes mots – "Carmen Ad Noctem", "Occhio Ardente, Dio Del Caos", "Inverno, È Stato", "Sole Di Tenebra", il me paraît aisé de voyager au travers des paysages sonores composés. La part belle de ce Black Metal très racé est portée sur les leads plus que sur les nappes de claviers, qui font quelques apparitions plutôt éparses, même si leur utilisation dope de manière machiavélique et EMPEROR-ienne les atmosphères (je pense notamment au titre "Un Angelo Nero"). Atratus parsème aussi quelques titres d’un chant clair solennel du plus bel effet.
Rien à redire donc à propos de ce cinquième album des Italiens. La présence de Chimsicrin, le batteur, en poste depuis l’avant-dernier album, est aussi une plus-value importante pour TENEBRAE IN PERPETUUM. Sa prestation et son jeu sont saisissants. Il manœuvre ses fûts de manière impériale, et ses rythmes se combinent de manière optimale aux compositions d’Atratus, que je souhaite remercier en ces dernières lignes. Le temps qui s’écoule – ou plutôt nous autres qui nous écoulons face au temps – arriverons très certainement à penser d’ici quelques temps qu’il s’agit bel et bien du plus bel album de cette entité ténébreuse.