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Vörnir - Av Hädanfärd Krönt
Chronique par Storm - Publiée le 06/02/2026
Vörnir - Av Hädanfärd Krönt
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal
Année : 2025
Label : Mystískaos
Pays : International
Durée : 38:29
Tracklist :
1.
I
05:22
2.
II
06:30
3.
III
05:28
4.
IV
04:25
5.
V
16:44

Avec le triumvirat réuni : Alex Poole (alias A. Woldaeg sur ce projet), Swartadauþuz et Roy Flay (Collier d’Ombre), alias War, il est très certainement difficile de médire ni d’imaginer un quelconque navet sonore en ce "Av Hädanfärd Krönt". Cet énième projet ira pourtant à l’encontre de ce que l’on pourrait imaginer de cette nouvelle offre de Black Metal pour laquelle nous serions tentés de prévoir, au doigt levé, des ambiances atmosphériques lugubres dignes de promenades nocturnes inquiétantes dans des forêts hostiles où la nuit hulule à tout bout de champ. En effet, la démonstration aisée ne tient pas pour VÖRNIR, d’autant plus que la Triforce habituelle s’est entichée d’un nouveau comparse, en l’espèce de Hafsteinn Viðar Lyngdal, un Islandais à la quarantaine resplendissante, bien connu dans l’underground, et déjà auteur d’un bon nombre d’albums et de projets qu’il me serait fastidieux de vous détailler.

VÖRNIR est avant tout un groupe expérimental de Black Metal, sinueux, labyrinthique, comme j’aime à le dire, et galvanisé par les forces malignes et belliqueuses. Vous y retrouverez les ingrédients essentiels et martyrisants du Black Impérial, avec ces tours de force épris de dissonances et de rythmes s’entrechoquant dans un magma sonore en perpétuelle ébullition. Forcément, "Av Hädanfärd Krönt" pourra en éprouver certains à la première écoute, mais comme toute potion infecte et magique, les effets à long terme, vénéneux et inflammés, seront les plus difficiles à amender. À l’instar d’un SERPENT COLUMN, d’un KRALLICE ou d’un DEATHSPELL OMEGA, VÖRNIR éructe à gorge déployée un brasier puissant aux multiples flammes irascibles, sans aucun temps mort ni un quelconque répit. Cinq titres vont tétaniser vos neurones et s’en emparer pour le bonheur du Malin, pour un peu moins de quarante minutes (soit la dose habituelle et convenue pour un aller-retour en Enfer).

Voilà, vous êtes prévenus. La palette vocale de Swartadauþuz, cette fois rauque et démoniaque, s’entoure des plaintes de H.V. Lyngdal, comme sur le titre "II" ou bien encore "V", pour souffler caustiquement sur des ambiances archi-ténébreuses toutes de noir immaculé. Cryptique et enfiévré à la fois, "Av Hädanfärd Krönt" nous bringuebale entre des ambiances suffocantes d’un Black Metal agité et mû par l’agression sonore (notamment avec ces rythmes soutenus) et des parties plus occultes, possédées, tutoyant parfois les aspérités avant-gardistes d’un ORANSSI PAZUZU (le titre "III" pourrait en être un bel exemple) dans une version plus sombre encore. Les lignes de guitare, pleines de torsions, nous dressent des riffs et des leads qui modifient l’espace sonore : nous avons comme l’impression que le sol se dérobe devant nous, que des couloirs entiers s’effondrent dans un gouffre sans fin et que la réalité se déforme sous nos yeux. Les incantations de Swartadauþuz renforcent également cette perte de contact, ce sentiment puissant de déréalisation et de dissociation à la fois.

S’agitant comme une spirale sans appel, l’ultime titre de seize minutes est suffocant au possible, mais quelle diablerie ! "V" est une messe noire monumentale, une expérience initiatique labyrinthique comme BLUT AUS NORD ou bien encore les Américains de SKÁPHE ont déjà su nous les proposer. Les cinq dernières minutes de ce titre sont composées d’une longue plage Ambient aux traits dissonants saillants qui éteint les tumultes des premières, dans une longue vibration noire, qui aspire notre corps, nous efface et nous éteint… Avec leurs regards torves, les VÖRNIR nous ont adressé un album ténébreusement consistant. Certaines parties ont été écrites il y a plus de dix ans, preuve, s’il en est, que les cendres de l’Enfer ne s’éteignent jamais. "Av Hädanfärd Krönt" est une chambre d’écho du néant, une cérémonie de passage troublée d’un chaos éruptif et de temps de transe méditative apocalyptique. Du très bel art, signé Swartadauþuz et sa clique de cerbères !

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