Alors que les tempêtes hivernales battent leur plein au large des océans et déversent leurs lames et leurs écumes insensées sur les rivages abrutis, soudoyés par les vents et les embruns, les oiseaux marins, eux, ne sont jamais épris de vague à l’âme. Battant de l’aile et planant dans les courants tumultueux, ils cohabitent avec les éléments et s’y adaptent parfaitement. Les brises s’éternisent et continuent inlassablement à s’écraser sur le basalte des roches sous le regard rêveur de Ian Goetchius. POST LUCTUM (que l’on peut traduire par « après le deuil ») c’est lui et uniquement lui, et ce projet de Death/Doom Atmosphérique, signé chez le label Meuse Music Records, explore les recoins sombres et éteints de la solitude. Et l’allégorie de ce phare sur cette pochette coule de sens, lorsque l’on écoute la musique de ce troisième album, "Timor Lucis".
Larvés par les embruns, les riffs lancinants et hypnotiques sont de rigueur et les rythmes, souvent proches de ceux du Funeral Doom ("Sunken Fate"), accentuent cette forme d’éther ambient fortement teinté par la noirceur mélancolique. Il est vrai qu’à l’écoute de ces titres, le sentiment de solitude, d’abandon et d’isolement se ressent. Les ténèbres de la dépression, les larmes de sel, amères et tourmentées, coulent le long des leads qui essaient, tant bien que mal, de se frayer un chemin vers la lumière. "A Curse Now A Plague" pourrait être ce titre-témoin, avec cette désespérance de fond et cette grisaille omniprésente qui étouffe toute tentative de vitalité. Pourtant, les lumières des leads agissent comme le sémaphore d’un phare : elles percent la brume de la Mort, éclairent le vide interne, réconfortent subrepticement la tristesse. Assurément un très bon titre.
Et "Timor Lucis" en contient d’autres. Je pense par exemple à "Disavowed" ou à "Shrouded By The Sea", qui comportent de très beaux motifs sonores, des breaks astucieux et un riffing soigné, mais également à "I Welcome In The Cold", qui, pour le coup, porte un peu plus d’espoir avec des rythmes plus énergiques et des mélodies moins ténébreuses. La voix growlée et le jeu vocal de Ian Goetchius n’ont rien d’exceptionnel, mais sont parfaitement adaptés aux nuances obscures de ce projet solitaire. Et en parlant un peu de nuance, certains titres au sein de cet album ont parfois un peu de mal à trouver du rebond. Je pense surtout aux deux derniers, "Sunken Fate" et "In Water". Le chant clair de Ian, que l’on retrouve avec quelques longueurs sur "In Water", dévoile bien plus toute sa beauté et sa portée mélancolique sur le très beau titre d’ouverture "Approaching Light", qui démarre doucereusement puis intensifie la torpeur lorsque surgissent les growls profonds.
Mais je reste très enthousiaste (façon de parler !) sur le contenu musical, mélodieux et atmosphérique de cet album, qui navigue aisément entre le Funeral et le Doom/Death Atmosphérique. Œuvre de l’isolement et de l’introspection, "Timor Lucis" sait communier avec les points de suspension de l’âme, l’effacement de l’être et la capitulation pour construire son refuge, sa tour d’ivoire, loin de tout, seul, vitalement seul, face aux éléments et à l’horizon infini.