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Serpent Column - Aion Of Strife
Chronique par Storm - Publiée le 06/02/2026
Serpent Column - Aion Of Strife
Note : 3.5/6
Genre : Avantgarde Black Metal
Année : 2026
Label : Autoproduction
Pays : États-Unis
Durée : 49:38
Tracklist :
1.
Phenomenology of the Assault
04:27
2.
Descent Without Nadir
05:26
3.
Scherzo for a Dead Republic
10:38
4.
Prayer of the Pneumatic
08:37
5.
Flight of the Last Gods
06:03
6.
Always Is the Kairos (ἐν ἡμῖν καὶ οὐσία ἀδάμας)
11:41
7.
Futural Recursion (Infinite Strife)
02:46

Je pense que si vous appréciez la physique quantique ou les cours de Cédric Villani qui vous explique en dix heures la théorie des cordes ou celle de la courbure de Ricci, il est probable que vous appréciez SERPENT COLUMN. Je me moque à peine. Ce projet, qui vient tout juste de prendre fin à la faveur de la sortie de cet ultime album, est tout sauf facile d’accès. Déjà labouré par les albums précédents que je me suis copieusement enquillés, notamment ce "Mirrors In Darkness" insaisissable et labyrinthique, ce "Aion Of Strife" fait déjà figure d’excès. SERPENT COLUMN a très souvent déployé un mur de son impénétrable et surtout imperméable à la moindre émotion à caractère humain. Glissant jusqu’aux confins des abîmes, Jimmy Hamzey aka Theopohonos, le seul chef d’orchestre de cette diablerie aux mille et une notes blasphématoires et vitupérantes, n’a pas ménagé sa peine pour nous distiller un Black Metal tout à la fois dissonant et empli d’éléments Math.

Nous ne connaîtrons peut-être pas les secrets de sa formule, mais gageons que le sieur, bien jeune encore, développera sa propre théorie funeste au sein d’un nouveau projet… En tout cas, au regard de la discographie de SERPENT COLUMN, confortablement fournie (5 albums et 3 EP en moins de dix ans d’existence), cet ultime baroud d’honneur fait preuve d’un peu plus de lisibilité et d’accessibilité. Plus cossu en termes de mélodies et de structures, le côté fort alambiqué des compositions prend ici une tournure plus lumineuse et moins prédatrice, ce qui me permet d’apprécier les qualités guitaristiques du sieur. La production, assez sourde et étouffée, c’est un parti pris, étouffe et constricte pourtant ces mêmes qualités. Les vocaux noyés dans la reverb sont, je trouve, assez anecdotiques. Peu mis en avant, ils fournissent pourtant cet effet vénéneux assez singulier, comme si des flux d’acide se propageaient sur les riffs et les trépignements des rythmes d’une manière sournoise et tenace.

Pas simple de s’enquiller d’une traite l’album. Aucune respiration ni aucune bouffée d’oxygène à l’horizon. À l’inverse, c’est une cavalcade monstre de notes, de riffs et de leads qui serpentent à qui mieux mieux et s’amalgament aux blasts effrénés, dont les reliefs et les contours, tel un mille-feuilles, sont à la fois troubles et extrêmement denses. Cela donne cet aspect chaotique et technique à la fois d’un Black Metal Avant-Gardiste très écarté des structures habituelles. Jimmy Hamzey s’est amusé à nouveau, avec "Aion Of Strife", à déconstruire les traverses bien connues et parfois prévisibles du Black Metal, avec toujours autant de tourments et de fièvre. À l’instar des albums des Français de PLEBEIAN GRANDSTAND mais également de ceux des Hollandais de DODECAHEDRON, le projet SERPENT COLUMN est une toile remarquable, mortelle mais parfaitement conçue, qui ravira les intellectuels de la technique et les doux-dingues ténébreux.

Suffocant, dérangeant mais indépassable pour un certain nombre, indigeste et frénétique pour d’autres, j’avoue avoir un peu de mal à me sentir appartenir au public-cible de ce projet exigeant. Néanmoins, lorsque les formules d’algèbre des notes ou le théorème des riffs sont compris, il m’est plus aisé d’apprécier ces bourrasques et ces tsunamis de notes dissonantes éclatant de mille et une façons dans un fracas gorgé de fractures, de spirales et de fragmentations. La collision des dissonances forme comme une réalité connexe, reliée à un ailleurs chaotique quasi sublimé. Il faut donc s’accrocher pour emprunter ce voyage multidimensionnel dans un trou de vers musical. Moins violent cependant que les précédents albums, "Aion Of Strife", s’il est éprouvant, se laisse savourer plus aisément. Mention spéciale aux titres "Descent Without Nadir" et "Always Is The Kairos (ἐν ἡμῖν καὶ οὐσία ἀδάμας)", qui adoptent certes des structures moins complexes et des rythmes moins furibonds, mais convient un peu plus l’auditeur à examiner des territoires moins déconstruits.

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