Ce qui est dingue avec le Black Metal, toujours actuellement, c’est que le genre ne s’essouffle pas encore, mieux, il se bonifie au fur et à mesure des années, louvoyant sur différents chemins, toujours furtivement et dans l’ombre, sans jamais être trop repéré. Et des groupes comme des albums sortent d’un coup d’un seul hors du bois et se livrent à la lumière l’espace d’un instant avant de disparaître dans le royaume des ombres ou de circonvoluer au-dessus de notre tête pour nous tourmenter de leur aura maléfique et puissamment magnétique. En 2026, cette intuition se confirme déjà dès les premiers jours, avec la sortie de ce premier album d’un one-man-band espagnol inconnu et sorti de nulle part. Le sieur aux commandes l’est également aux manettes de son propre label, Bile Noire, et semble participer activement à différents projets.
À la lecture de ce "I: Katabasis", je suis frappé par la lancinance poisseuse et spectrale qui se dégage des compositions. Il y a comme un air de XASTHUR ou de LEVIATHAN qui se hume dans les gaz mortels qui émanent des riffs de "I: Katabasis". J’ai également pensé à PARFAXITAS, en plus récent, avec le très bel album sorti en 2024 : "Weather Of The Black Storm" et, bien que les tempos soient bien plus hypnotiques chez ULTIMA, nous retrouvons cette orthodoxie malaisante et froide. Les sensations de moisissure, de mélancolie tourmentée, d’infernalité tapie dans l’obscurité paraissent se dévoiler dans un clair-obscur. La production, très transparente, permet d’entrevoir la richesse du riffing et l’envoûtement des leads sans faire de l’ombre aux autres instruments. La voix de DB. fait sacrément son office tant elle nous harasse et nous traîne dans son éther caustique.
Si l’album est court (et je ne vais pas m’en plaindre, car il m’est parfois délicat, comme vous autres j’imagine, de parfois s’enquiller des albums longs et, de fait, plus complexes à décortiquer), il sait parfaitement nous maintenir captifs, à moitié lobotomisés, tout du long de ses quatre longs titres et de sa petite demi-heure d’épouvante. Si j’ai voulu vous parler de cet album, c’est aussi parce que je suis tombé « en pamoison » devant la beauté noire de titres tels que "Cryptic Spiral Of Wisdom" et "Catacombs Of The Sun". Imprégnés de venin, leurs leads planent au-dessus du mur sonore des riffs tels des oiseaux de mauvais augure. Les nuages s’épaississent et emplissent l’air d’une atmosphère mortifère. La batterie, tout en mid-tempo, potentialise cette transe hypnotique démoniaque qui « zombifie » nos cerveaux… Quelque chose se passe au contact de ces titres ("A Labyrinth Beneath Reality" n’est pas en reste non plus avec, toujours et encore, ces leads infernaux apparaissant vers la seconde moitié du morceau), quelque chose d’obscur se propage en nous, comme si la vie perdait du territoire à l’intérieur de nos entrailles au profit d’une force invisible, silencieuse et vampirique.
Avec une somme d’ambiances bien pensées et congruentes, ce premier album de ULTIMA nous en donne déjà pas mal, et cela attise ma curiosité. Si DB. s’occupe de tout sur ce projet, il en est de même pour les autres : DÉLIRANT, HÄSSLING. Forcément, vous imaginez bien que je vais me pencher sur ses autres œuvres, tant ce "I: Katabasis" m’a captivé. Ne vous étonnez donc pas que je cite cet album de temps à autre, car il a vraiment quelque chose et c’est assez indéfinissable. DB. est un homme de l’ombre et il me fait penser à Swartadauþuz, enfin vous voyez le genre, je ne vais pas vous faire un dessin. Le Black Metal est toujours aussi alarmant, n’en déplaise à tous ses détracteurs. Écoutez donc cet album, ne faites pas l’impasse, vous le regretterez.