WORM aurait-il changé ? Au vu du décadentisme très dandy de Phantom Slaughter, de plus en plus affiché et assumé, il était possible d’imaginer que le projet WORM, si singulier au demeurant, cherche à évoluer en traçant soi-même une nouvelle route, peut-être davantage tournée vers le Black Metal. Mais nulle inquiétude au demeurant, car ce nouvel opus nous laisse à voir et à écouter, à nouveau, les sublimes échos mélodiques des guitares à la Chuck SHULDINER, avec des solos ravageurs (et c’est peu dire), tout autant qu’il nous embarque dans la fange lugubre, six pieds sous terre, de la noirceur des Enfers d’un Black Metal symphonique biberonné aux éclats dévastateurs des premiers albums de COVENANT, DIMMU BORGIR ou LIMBONIC ART.
"Necropalace" est donc une sortie à nouveau assez exceptionnelle qui siphonne, avec une dextérité géniale, les atmosphères de nos chères 90s. La pochette d’ailleurs, signée par l’artiste Andreas Marshall, en est le témoignage express, tout autant que la belle production d’Arthur Rizk. Ce vampire stellaire, ce layout, la calligraphie du logo et du titre de l’album également, ainsi que la palette des couleurs choisie, nous invitent avec beaucoup de sublimation à entreprendre le voyage de ce "Necromantic Black Doom", comme aime à le rappeler Phantom Slaughter. WORM gravit une nouvelle marche en sortant sur le label international Century Media et dispose d’une aura conséquente pour rendre visible sa nouvelle ère musicale, faite de collaborations futures que l’on imagine et espère XXL. Notez la présence de Marty Friedman sur le dernier titre, "Witchmoon: The Infernal Masquerade", qui s’occupe des leads, sous la direction du maître des lieux.
À l’écoute de ce quatrième album, si l’effet de surprise a bien lieu aux premières écoutes, avec un abandon plus certain des éléments originels du Doom lugubre qui ont fait la référence et la signature si originale de ce groupe dès les premiers albums, nous ne sommes pas pour autant désappointés. Oui, car WORM assure comme jamais et gagne de nouvelles sphères mélodiques sans jamais tourner le dos à ses débuts. "Necropalace" se meut, avec son heure de musique et ses sept titres, comme la visite d’un château obscur aux pièces hantées et aux couloirs emplis de présences cauchemardesques. Chacun d’entre eux nous révèle une narration complexe et un univers hostile, bien soutenus par un riffing immensément riche et inspiré. Les amateurs de mélodies cristallines seront comblés par leur richesse et leur virtuosité, tout comme ceux plus enclins à apprécier le jeu vocal polymorphe de Phantom Slaughter. Les nappes brumeuses des claviers, presque gothiques, telles des échos lointains d’une cathédrale aux abois, soutiennent le travail atmosphérique des ambiances cryptiques et orchestrales.
Inutile de vous décrire un titre plus qu’un autre. "Necropalace" est un cheminement, une pérégrination, une errance dans l’univers complexe de l’obscurité, qui n’a de cesse de nous étonner à chaque écoute supplémentaire. Ce nouvel album très complexe trouve son absolution grâce au passage assumé du Black/Doom Metal lugubre originel de WORM vers un Black Metal plus riche et mélodieux encore, mais également vers des éléments plus horrifiques et, quelque part, théâtraux, d’une bande-son nocturne mâtinée de vampirisme. Jetez un coup d’œil aux clips postés sur la toile des titres "Blackheart" et "Necropalace", qui pourraient être sortis tout droit des 90s. C’est succulent, mais aussi instructif quant à la nouvelle direction de ce projet ambitieux, déjà bien affirmé. La promesse est donc tenue et augure de nouvelles surprises, nous l’imaginons aisément, pour la suite.
La primauté de cette œuvre sulfureuse et singulière marque déjà l’année 2026 de son empreinte originale. Phantom Slaughter, comme à son habitude, nous surprend agréablement. Le sieur n’a pas perdu une once de son génie et nous le fait savoir ardemment, et c’est peu dire au regard de ce superbe "Necropalace". Waow !