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Tha-Norr - Wolfenzeitalter
Chronique par Storm - Publiée le 11/02/2026
Tha-Norr - Wolfenzeitalter
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal
Année : 1995
Label : Nazgul's Eyrie Productions
Pays : Allemagne
Durée : 01:01:31
Tracklist :
1.
Tears for All Those Who Died
06:36
2.
Calling Forth the Spirits of the Elements
06:51
3.
Sathanas, Triumphator!
06:46
4.
Assault on Aerie
03:16
5.
Bowels of My Beloved Earth
08:39
6.
Wolfenzeitalter
07:17
7.
The Fortress Will Fall
07:58
8.
Fegefeuer
04:42
9.
Weltschmerz
04:18
10.
Tyrant of a New Aeon
05:08

La scène allemande du Black Metal dans les 90s a produit un nombre conséquent de projets puissants et inspirés. Je vous épargne un inventaire à la Prévert, mais il est évident que nos chers amis Teutons ont de quoi bomber le torse. Il y a aussi une myriade de groupes qui n’ont pas disposé d’une lumière suffisante, d’une ascension notable ou, très certainement, de moyens pour promouvoir leur production. En fouillant méthodiquement dans les vestiges de cet âge doré qu’ont été les 90s, j’ai, en grattant le limon fertile, déterré quelques « cadavres exquis ». THA-NORR fait partie de cette frange de groupes allemands bien influencés par la seconde vague norvégienne (DARKTHRONE, BURZUM & Cie), sans doute hypnotisés par le riffing lancinant et les ambiances hostiles si chères à cette nouvelle scène émergente.

Après une démo intéressante, le groupe sort, dans l’anonymat quasi complet, ce qui sera son unique album. Avec une production volontiers crue, bien dans les canons du genre de l’époque, le groupe enregistre ses titres dans deux studios en Allemagne au cours de l’année 1994. Bien que le mixage ait été effectué au Confusion Studios, il subsiste une hétérogénéité du son sur différents morceaux. Ceci est lié au fait que le groupe a agrégé certains titres issus strictement de sessions antérieures ("Tyrant Of New Aeon", "Tears For All Those Who Died"). Mais ne vous attendez pas pour autant à des sonorités sorties d’une cave à moitié engloutie par les eaux : non, "Wolfenzeitalter" offre bien mieux que cela. Et si je vous en parle, c’est que cet album est une réelle pépite oubliée du temps passé. D’abord, s’il est vrai que l’opus s’inscrit dans la veine de DARKTHRONE, ses ambiances sont bien plus connotées par une forme de vampirisme ambiant plutôt que par la lugubrité d’une forêt polaire décharnée par les vents.

La voix assez incantatoire du chanteur fouette correctement nos tympans, même si elle pourrait en rebuter certains. Le riffing, bien souvent inspiré, aux accents parfois thrashy ou, plus régulièrement, assez épiques, ne nous laisse pas sur notre faim mais nous accompagne, avec quelques belles fulgurances, sur les sombres chemins de l’occultisme. D’ailleurs, pour la petite histoire, le groupe remercie Aleister Crowley et Gregorius A. Gregorius dans son livret, mais ne confirme en rien, par contre, le raccourci nauséabond qui leur aura été reproché. Car il est vrai que le sulfureux et très controversé Hendrik Möbus (ABSURD) a produit le texte du premier titre de l’album. Mais, même en cherchant la petite bête et en passant le tout à la moulinette de la bien-pensance, THA-NORR sort blanchi (oups, pas le bon mot, je m’en excuse) d’une quelconque association avec le NSBM.

Pour revenir à la musique de "Wolfenzeitalter", notez également que cet album a été réhabilité par la suite, notamment par Alexander Der Meilenwald (THE RUINS OF BEVERAST) et le magazine Rock Hard dans l’un de ses classements, celui des 250 albums de Black Metal à connaître. Vous serez surpris à l’écoute de la très originale et avant-gardiste piste "Fegefeuer", qui nous ramène au Krautrock des 70s et aux expérimentations de Klaus SCHULZE ; au passage à la flûte « à la BETHZAIDA » du titre éponyme ; au long solo particulier de "The Fortress Will Fall", qui s’entremêle aux accords d’une guitare acoustique, donnant à ce titre des accents Heavy plutôt inattendus. Écoutez également les accents belliqueux de "Assault On Aerie" et les ambiances envoûtantes de "Bowels Of My Beloved Earth" – mon titre favori –, me rappelant quelques traverses originales creusées par Quorthon de BATHORY.

Vous l’aurez peut-être compris, ce "Wolfenzeitalter" n’est pas vraiment un énième album des 90s enterré à raison ; non, bien au contraire, ce dernier offre bien des choses originales, et c’est bien cela le plus passionnant dans cette histoire. Le groupe fera pas mal de concerts, notamment avec BARATHRUM, puis s’éteindra subitement sans jamais réapparaître. Il est donc un beau fragment de l’histoire du Black allemand que je vous propose d’écouter.

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