Napalm Records signait à tout va en ce temps-là et commençait à bien pluraliser les styles musicaux au sein de son écurie. Les Norvégiens de THE SINS OF THY BELOVED, avec leur Doom bien Gothique, ont bénéficié de cette volonté, ce qui leur a permis d’assurer une bonne sortie et une bonne distribution de leur premier album. En incluant un violoniste prometteur, Pete Johansen, qui le démontrera notamment en intégrant TRISTANIA par la suite avec des albums de renom, le groupe, fort déjà d’une belle démo et d’un EP, assoit sa signature sombre et mélancolique ainsi que sa personnalité déjà bien trempée avec "Lake Of Sorrow". L’alternance du chant entre le growl ténébreux d’Arild Christensen et le chant féminin soprano soyeux d’Anita Auglend produit une constante matière sombre et envoûtante.
L’utilisation du piano et des nappes de claviers enduit également d’une part de ténèbres les compositions de l’album. "The Kiss" est superbe avec sa lancinance lugubre et ses quelques éclairs lumineux soutenus par la voix diaphane et cristalline d’Anita. "Until The Dark", que les plus grisonnants d’entre nous se remémoreront peut-être, car ce titre trônait en bonne place sur un sampler de Metallian (le n° 11 pour être exact), ainsi que "Silent Pain", nous dévoilent plus de romantisme et moins de sombreur. Le piano et le violon rivalisent de beauté et les riffs, en appui, ont le soin de porter quelques moments magiques. La tristesse et la nostalgie prédominent dans les atmosphères de "Lake Of Sorrow", et c’est avec beaucoup de plaisir que cet album s’écoute. Les titres longs ne souffrent pas tant que cela de leurs quelques longueurs. Les voix d’Anita et d’Arild ne vous subjugueront peut-être pas, mais elles restent une réelle plus-value de l’album.
Lassé par les tournées, le groupe se disloquera quelques années plus tard après un second album moins passionnant et souffrant de titres plus maladroits. Pas de quoi non plus faire trop d’ombrage à ce très bel premier album qui, à l’épreuve du temps, conserve encore sa superbe et sa délicatesse. Beau témoignage de cette fin de millénaire, "Lake Of Sorrow" est encore à mettre dans les mains et les cœurs des amoureux de ce Doom aux expressions gothiques qui, à l’instar de THEATRE OF TRAGEDY, a su émouvoir, attendrir peut-être, une jeunesse passionnée de Metal.