Du côté du Death Tech, les Biélorusses de EXIMPERITUS (vous avez bien connaissance de la longueur originale du nom du groupe, nous allons donc nous contenter de les nommer par ce petit diminutif) évoluent dans un créneau sacrément sombre et prenant. Prenant aux tripes et au cœur, tant leurs compositions ont cet impact agressif et mélancolique à la fois, voilà que, depuis trois albums, le groupe arraisonne sa puissance créatrice sur les esprits requins des Deatheux de la planète, et leur percée ne doit rien au hasard. Le groupe, enfin le duo plutôt – puisque Siarhei Liakh s’occupe à peu près de tout (instrumentation, composition, mixage et enregistrement) et que son acolyte, Paweł Nałęcki, assure le chant et les paroles – se démarque de la masse du Death Tech par une originalité toute singulière.
Non pas que la virtuosité et la démonstration instrumentale, si chères à certains groupes (salut à vous ARCHSPIRE, CRYPTOPSY et avé NECROPHAGIST !), ne soient mises de côté, mais les Biélorusses de EXIMPERITUS concentrent leurs efforts à être les plus construits intérieurement. Je m’explique. Nul besoin pour eux d’être les plus techniques ou les plus rapides du marché du Brutal Death Tech, leur musique est avant tout au service d’un concept bien élaboré et non l’inverse. Ce faisant, ils affirment la position artistique d’être un groupe de Death Metal plus ontologique et introspectif que les autres, avec un univers patiemment construit et le dessein de produire une œuvre bien plus globale que la moyenne. Nous pourrions ainsi les rapprocher un peu de NILE, par exemple, ou bien encore de OBSCURA. Et cela se ressent dans le son. Les titres sont volontiers labyrinthiques, leurs structures sont longues et évolutives. "Meritoriousness Of Equanimity" comprend beaucoup de passages atmosphériques, parfois connotés d’un goût prononcé pour l’obscurantisme ésotérique.
Les progressions harmoniques sont hypnotiques, voire parfois méditatives. Moins brutaux mais plus denses et opaques, les titres se parent d’harmoniques ciselées comme des lames de rasoir, et le chant, plutôt linéaire sur l’album, ajoute cette lugubrité aux ambiances déjà ténébreuses. Quelques passages en chant clair font aussi leur apparition, comme sur le titre "Finding Consistency In The Fourth Quadrant Of Eternity", et apportent une touche mélancolique bien congruente avec les thématiques des paroles. En effet, si l’on fait un petit focus sur le concept général de l’album, l’équanimité, nous retrouvons une réflexivité importante de la part du duo biélorusse. Critiquant la culture de l’ego, la facticité des relations, mais également l’artificialité de la quête de reconnaissance des individus, le projet EXIMPERITUS propose de déconstruire les illusions collectives, les "fibres plastiques de la perfection", les normes sociales internalisées et la fragmentation de l’identité de l’individu, sa "désintégration moléculaire" par la fameuse équanimité.
Et la musique de "Meritoriousness Of Equanimity" est à l’image de cette philosophie quasi stoïcienne. Les nombreuses dissonances évoquent ces tensions mentales permanentes, tout comme les accélérations fulgurantes évoquent le chaos et les ralentissements, une tentative d’apaisement interne. Les structures complexes, labyrinthiques, sont assez exceptionnelles. Je pense par exemple au titre génial qu’est "Chalkionic Wandering Among The Wreckage Of The Future", qui nous fouette les neurones par la pugnacité de ses riffs agressifs, ou bien encore au plus introspectif et dernier titre "Standing At The Skirt Of The Ruins Of Human Nature (...On The Other Side Of Man And Time)", qui, avec son mid-tempo crépusculaire, nous crache à la gueule son nihilisme patenté et la noirceur profonde qui bout en son cœur. Et, d’une manière générale, ce troisième album particulièrement envoûtant s’accroche bien à nos basques par sa complexité tentaculaire, sa palette émotionnelle variée et son Death Metal très obscur. Une réussite donc, et bien de saison, moi je vous dis.