Il est impossible, à la lumière de l’histoire du Metal extrême, de ne pas considérer le projet STORMLORD comme l’un des groupes précurseurs de la scène italienne du Black Metal. En s’emparant des codes vestimentaires ou autres attributs notoires, les Italiens emmenés par Cristiano Borchi ont décidé, après leurs débuts au service du Death Metal (depuis 1991 tout de même !), d’emprunter un nouveau couloir afin d’y amalgamer enfin leur amour du Power Metal et du Black à tendance symphonique. Dans les années 90, rares sont les groupes italiens qui réussissent à gagner une notoriété en dehors de leurs frontières. Tous les regards sont braqués sur les scènes scandinaves et finlandaises, voire germaniques, et les OPERA IX, FUNERAL MASS ou autres MORTUARY DRAPE jouent de leurs atouts originaux pour trouver quelques rais de lumière.
STORMLORD chemine dans les années 90, à grand renfort de démos puis d’un EP en 1997, "Under The Sign Of The Sword", qui tâtonne encore un peu sur la direction à prendre par le groupe. Et c’est avec l’appui des claviers que STORMLORD va enfin se constituer une identité propre, que le groupe nommera d’ailleurs assez adroitement "Extreme Epic Metal". À bien écouter cet album, j’ai comme l’impression de retrouver un BAL-SAGOTH médiévalisé, avec quelques notes SUMMONING-iennes pas bégueules ("Minas Morgul" et "Dol Guldur" ayant dû certainement être écoutés attentivement). Il faut dire qu’avec un grand renfort de synthétiseurs, nos Italiens nous embarquent tantôt tout près de joutes seigneuriales, tantôt vers des paysages sonores marqués par l’Heroic Fantasy. Malgré un chant vociféré assez crispant et à l’amplitude assez malingre (Donald Duck, sors de ce corps !), le groupe nous offre des parties de guitare plutôt bien jouées et bien imprégnées de mélodicité.
Sur cet album, qui est en fait la première ébauche, l’imago, dirai-je, du groupe, de la nouvelle orientation symphonique et épique, les Italiens prennent des risques et tentent d’aller au bout de leurs inspirations, quitte parfois à maladroitement superposer des structures. Mais, du côté des ambiances, clairement, nous nous y retrouvons. La programmation des claviers est intéressante. Vous y trouverez régulièrement du clavecin et des flûtes, ainsi que des nappes de claviers pourvoyeuses d’ambiances médiévales et délicatement épiques, galvanisées par de très beaux leads et quelques solos savoureux. Des titres vont se démarquer du lot et marquer les esprits, je pense notamment à "Age Of The Dragon" (et ne me dites pas que les premières secondes de son introduction n’ont pas été fortement influencées par les Autrichiens de SUMMONING), qui, avec sa belle vélocité et son énergie débordante, nous capte tout du long. "Immortal Heroes" est aussi un des titres marquants de "Supreme Art Of War", car il nous offre pas mal de breaks bien ficelés et fait la démonstration de la grande technicité de ces jeunes musiciens. Notez aussi le passage particulier avec cette voix androïde apparaissant vers 03:50, bizarre, bizarre, mais bon, pourquoi pas ! Et puis, je n’omets pas de mentionner "Where My Spirit Forever Shall Be", le premier titre qui introduit l’album. Nous ressentons assez fortement que le groupe y a mis beaucoup de cœur pour accrocher de suite l’auditeur.
Forcément, tout n’est point parfait, vous imaginez bien. Je reste un peu trop agacé par le chant pour lui décerner une note excellente. Cela ternit, je trouve, un peu trop le talentueux travail des riffs de Pierangelo Giglioni et les nappes bien troussées du clavier de Fabrizio Cariani, qui disparaîtra malheureusement des radars après la tournée européenne de STORMLORD pour promouvoir l’album, avec SUIDAKRA, MYSTIC CIRCLE et GRAVEWORM. Pourtant, "Supreme Art Of War" est véritablement le point de bascule du groupe et un disque charnière dans la discographie de STORMLORD. Malgré son côté emphatique, une production un peu datée et des claviers très mis en avant, cet opus permet aux Italiens de trouver leur formule stylistique et de s’extirper de l’anonymat qui leur aurait collé à la peau s’ils avaient persévéré à faire du Death Metal peu original.
L’album suivant, "At The Gates Of Utopia", affinera les dernières maladresses de "Supreme Art Of War". Exit les maquillages blafards ou autres cartouchières à deux balles, STORMLORD intègre bien mieux ses orchestrations. Le chant est plus percutant, la section rythmique est renforcée et le groupe affirme son créneau : celui du fameux "Extreme Epic Metal".