Plus le temps passe, plus ces projets et ces albums, parfois déjà mis de côté en leur temps par manque de promotion des protagonistes ou d’investissement de leur label, se morfondent à descendre petit à petit, mais inexorablement, dans les abîmes de l’oubli. C’est probablement le cas de ce premier album des Hollandais de UNLORD. Pourtant, si "Schwarzwald" n’est pas si inconnu que cela, son impact sur la scène du Black Metal au niveau européen reste modéré. Pourtant, dans les années 90, ce groupe n’était pas né de la dernière pluie. Formé en 1989, aux premiers balbutiements de la scène extrême, par une bande de copains férus de musique, le projet UNLORD naît parmi deux autres groupes de Death Metal (CONSOLATION, NEMBRIONIC), dans lesquels la plupart s’amusent à riffer sévère, comme d’autres de leurs compatriotes (citons SINISTER et GOREFEST au moins).
Et dans cette avidité de compositions émergent des morceaux plus typés Black Metal que les autres. Les Hollandais continuent de travailler d’arrache-pied pour l’un ou l’autre de leurs projets et sortent des démos qu’ils ne publieront jamais officiellement. Huit ans après la première pierre posée à l’édifice de UNLORD, "Schwarzwald" voit le jour grâce au label Displeased Records. Citant les influences de BATHORY et d’EMPEROR, le groupe offre pourtant un album oscillant entre un Black Metal ultra-rapide, pur et dur, aux mélodies abrasives qui pourraient vous rappeler MARDUK, DARK FUNERAL, voire même SETHERIAL. Des accents thrashy à la DESTRUCTION et KREATOR sont aussi de la partie et influencent le côté speed de UNLORD, avec régulièrement un aspect brut et cru qui nous ramène aux premiers temps d’IMMORTAL, lorsque les ambiances froides et sinistres faisaient partie du cadre sonore. À noter, fait rare pour ce style de Black Metal à l’époque, la présence de nappes de claviers, certes discrètes mais très bien intégrées, ce qui confère à certains des titres de "Schwarzwald" des atmosphères sombres et puissantes.
Ce premier méfait, qui fait l’admiration du groupe (les Hollandais admettent qu’il est le plus abouti des trois albums de la discographie), offre un nombre conséquent de titres variés au niveau des ambiances. Si vous voulez de la violence, une dynamique extrême et des rythmes explosifs, écoutez la mitraille au feu nourri que sont les deux premiers titres de l’album, ainsi que "Monarchy Dies" et "Outburst Of Hate". Cela tabasse, mes amis, et le chant spectral et envoûtant de Xzerberus Xzyphiluss fait très bien son office pour instiller la haine et l’agressivité. Si toutefois vous souhaitez ressentir les courants d’air lugubres d’un château hostile, je ne peux que vous conseiller d’écouter attentivement les superbes "Rivers Of Fire And Blood" et "E Caha Di Bela". Deux brûlots au service du Black Metal à claviers, mais sans éléments sirupeux DIMMU BORGIR-iens ; les Hollandais ne bouffant pas de ce pain-là. D’une manière générale, l’énergie débordante des titres impressionne, le batteur est parfois maladroit mais tabasse du mieux qu’il peut. Et ce flux continu survitaminé nous contamine en nous contentant positivement.
Je n’omettrai pas de vous parler du dernier titre de l’album, "Summoned Be Thy Flesh", le plus mélodieux de tous (quoique le titre éponyme ne soit pas mal non plus dans le genre) et mon préféré. Développant des climats plus lourds, avec des tempos enfin plus ralentis, il nous enveloppe entièrement de son ambiance envoûtante. Pour le dire autrement, UNLORD développe intelligemment un côté incendiaire sur ce premier album, avec une férocité sans nom. N’oublions pas qu’il s’agissait à la base d’un side-project de Deatheux amateurs de Grind. En mêlant des influences Thrash à celles du Speed ("Thunderbuilder") à leur Black Metal brutal, les Hollandais de UNLORD nous ont sorti un opus qui a sacrément de la gueule. Rien que la pochette, signée du génial et célèbre Joe Petagno, nous plonge dans cet univers satanique affirmé. Et ce ne sont pas les treize titres qui vont dévoyer cette première sensation visuelle. Un disque racé donc, ce "Schwarzwald", et encore oublié, à réhabiliter au plus vite. Écoutez-le, c’est un Cerbère.