Je ne vous cache pas que la musique électronique est ma seconde passion musicale, mais que je l’aime avant tout dans des groupes ou des artistes étiquetés comme tels, beaucoup moins lorsqu’elle fait quelques incursions en terre étrangère sous forme d’hybridation et notamment dans le Metal. ULVER est certainement un cas à part, il est un peu vain de charger Garm sur l’évolution de ce groupe clef des années 90, au bon temps où il creusait un sillon important au sein du Black Metal. J’avoue également avoir délibérément décidé de perdre la trace des Norvégiens après "Shadow Of The Sun" qui m’avait pas mal refroidi sur l’évolution assumée du groupe et son renoncement au Metal. Alors, j’ai peut-être voulu savoir en fin d’année dernière, ce que devenait donc ULVER. À quoi ressemblait dorénavant ce projet vieux de plus de trente ans déjà. Mon ami Isaacruder ayant déclaré forfait, la plongée dans les méandres de ce groupe sonnait alors comme un énième pari d’écoute, le tout regardé et scruté derrière de sombres lunettes de soleil.
Fini les turpitudes, les forêts glaciales et les toundras, c’est avec un décor hawaïen que se présentait à moi ce "Neverland", dix-neuvième album de ULVER, à la pochette équivoque, sublimement estivale ! Sorti en ce dernier jour de 2025, cet opus nous plonge précipitamment, dès son introduction, dans la moiteur de la nuit tropicale où règne une faune amoureuse et exploratrice. Comme un rêve éveillé qui s’empare de nous, nous conduisant à fendre l’armure et retrouver notre instinct, "Neverland" nous apporte son lot de textures ambiantes assez oniriques, entrecoupés de temps à autre par quelques glitchs et quelques phasers. Nous pourrions penser à du FUTURE SOUND OF LONDON bien saucé à la modernité ou de temps à autres à des artistes tels que James HOLDEN, Luke ABOTT, ou bien encore Ricardo TOBAR, ou de ceux aussi qui ont agrémenté l’IDM (intelligence Dance Music) présents dans les catalogues prodigieux des labels Tympanik Audio ou bien encore Ultimae Records.
Mais, il y a un mais, car passée la première écoute, je n’ai pas toujours eu l’envie de revenir à ce "Neverland". Quelque chose manquait selon moi et je crois que cela pourrait s’appeller un fil rouge. J’ai eu, au début, un peu de mal à me sentir contenu dans un univers précis. En tous cas, certaines pistes sont mieux inspirées que d’autres, c’est plutôt assez clair pour moi. La rêverie de ULVER est correcte mais ne me fait pas non plus apercevoir des nébuleuses infinies d’atmosphères ouatés, et c’est avant tout mon voeu le plus cher lorsque j’écoute de l’Electronica ou de l’IDM. Essentiellement instrumental, cet album propage surtout des nappes de synthés aériennes, des basses électroniques rondes et profondes qui donnent une sensation d’espace, et des effets sonores flottants traités avec une chaleur assez analogique. "Weeping Stone" érige des pulsations électroniques lentes sombrant dans le cosmos, "Horses Of The Plough", est tout aussi aérien quoique plus nuageux et tempétueux, "Pandora’s Box" nous des liens entre son Electronica et Trip-Hop, le tout parfumé par une immersion progressive dans un maelstrom assez mélancolique. Et puis mention spéciale à mon titre favori, "Fire In The End" qui clôture l’album avec ces textures sonores Synth-Pop, oniriques et ancrées dans le passé.
Voilà, c’est cela le ULVER actuel. Le projet sera peut-être tout autre sur l’album qui suivra. Le trio norvégien continue sa métamorphose et son parcours musical au gré de ses pérégrinations et de son existence. Libre, mille fois plus que des monceaux de groupes, ULVER montre à nouveau qu’il est une hydre de Lerne qui surprend et qui fait fi du reste. J’aurai souhaité un peu plus de liant pour plonger sans réserve et intégralement dans son univers. J’aime pourtant son clair-obscur encore prégnant dans sa musique électronique. Il subsiste encore quelque chose des vestiges de son passé dans les entournures de certaines notes plus telluriques que les autres… c’est bête sans doute de chercher encore cela… mais ça me rassure !