Les britanniques de Cradle of Filth ont réussi, en l’espace de trois décennies, à fédérer autant qu’à diviser. Néanmoins, la bande à Dani Filth ne laisse personne indifférent. Entré dans les rangs, le combo n’a plus rien à prouver et propose régulièrement, entre deux ratés, un album de haute volée.
Le groupe a traversé le début des années 2000 avec plus ou moins de réussite, mais force est de constater que, ces dernières années, le groupe publie d’excellents albums comme Godspeed on the Devil's Thunder ou Hammer of the Witches. Je noterai tout de même que le départ de Nick Barker en 1999 a profondément bouleversé l’approche musicale de Cradle of Filth (c’est aussi parce que j’adore son jeu que j'écris cela).
Ce seizième recueil progresse dans un registre que j’aime entendre, à savoir des titres longs et épiques mêlant orchestrations baroques et atmosphères horrifiques. L’univers gothique et vampirique correspond parfaitement à l’identité du groupe et de sa musique, en 2025 (date de publication). Il n’est donc plus question de black metal (si toutefois il en a été un jour… étiquette qui faisait foi dans les années 90). J’apprécie cette capacité qu’a Dani Filth à se réinventer, à créer des titres variés aux arrangements soignés, renforcés par des mélodies habitées et obsédantes. Les châtiments de la chair dont il a fait les frais l’ont probablement inspiré ! Si je devais décrire l’album en un seul mot, j’utiliserais le terme heavy : oui, l’opus est terriblement heavy !
The Screaming of the Valkyries est typiquement anglais dans l’approche guitaristique, à tel point qu’on pense immédiatement à Iron Maiden sur un bon nombre de leads. Cela ne s’arrête pas là, car la force de Cradle of Filth se trouve dans cette facilité à nous envoyer des titres épiques, bien catchy et thrashisants. Évidemment, les blast beats sont toujours là pour engloutir le son et jouent avec la sérotonine, ils nous font battre le sol du pied machinalement. Les trames plus lentes et les ponts atmosphériques se frayent un chemin dans les riffs de la nuit, au cœur de cette forêt tortueuse et obscure. L’harmonie des abîmes est invoquée ponctuellement et judicieusement par Zoé dans une sérénade des ombres : l’espace sonore devient lumineux, notamment sur Malignant Perfection. Cette lueur vocale constitue une alternative sérieuse à Sarah Jezebel Deva (qui avait sublimé les premiers opus).
La production est maîtrisée, certes ronde et brillante, mais il ne faut pas s’attendre à des tronçonneuses saturées à la place des guitares chez Cradle of Filth. On reconnaît la signature du groupe, qui a su évoluer dans le bon sens. Le rendu est plus accessible et puissant. Les canons du genre sont donc balayés au profit de quelque chose de plus captivant et épique. Au final, si l’on pouvait reprocher la faiblesse des productions à Cradle of Filth par le passé (Cruelty and the Beast en 1998, remixé et remastérisé en 2019), il n’en est rien aujourd’hui.
Si l’exaltation sanguine se trouve pour vous dans des errances nocturnes au milieu d’un cimetière au clair de lune, le dernier Cradle of Filth saura vous combler. La morsure à la jugulaire sera profonde. Cette dernière ouvrira le portail, la connexion psychique et sensorielle avec le maître devrait opérer. Avec The Screaming of the Valkyries, Cradle of Filth se réincarne sans jamais tomber dans la parodie, en proposant des hymnes fulgurants, épiques et harmonieux.