Djevelpakt semble sortir de nulle part. La Belgique reste pourtant l’hypothèse la plus probable quant à sa provenance. Formé en 2025, la première démo de ce projet solitaire est passée inaperçue au milieu du flot continu de sorties trop nombreuses et bourratives que le black metal contemporain nous assène sur les réseaux sociaux, chaque heure, sans arrêt et sans pause digestive. Il est d’ailleurs très probable que j’aurais pu passer à côté de cette formation pourtant initiée par Thibault Lampe, aka Hraesvelg, vocaliste des remarqués Heinous en 2022 avec leur très efficace Ritual, Blood and Mysterious Dawn. Pour ce nouveau projet, il est accompagné par l’hyperactif et désormais incontournable Deha.
Après avoir défini le qui, il faut désormais se demander : c’est quoi Djevelpakt ? Signifiant « pacte avec le diable » en norvégien, ce patronyme donne déjà un début d’indication sur le style pratiqué par le duo. On penserait instinctivement à un black metal de type norvégien, comme leur voisin patronymique Djevel. Et il s’avère effectivement que l’on retrouve, sur l’ensemble de l’enregistrement, des influences propres à la scène nidrosienne de Trondheim : black metal rugueux et véloce, opacité nocturne dans le rendu sonore, atmosphères glaciales et sans vie. Djevelpakt ne prend pas son auditeur par la main et impose, sur une quarantaine de minutes, un paysage mort-né, monochrome.
Pourtant, la force de Djevelpakt va au-delà de la simple référence à une scène située de l’autre côté de la mer du Nord. Hraesvelg apporte d’une part une identité propre avec ces sonorités rongées par la réverbération, dont les saturations finissantes sont particulièrement oppressantes. On songe parfois aux enregistrements les plus aigres de Krohm, voire à certains titres de Xasthur, celui de la bonne époque. D’autre part — et c’est la principale force du projet — la performance vocale de Hraesvelg. Criant, vociférant, rouspétant ses glaires, se lamentant : plus qu’un simple décorum linguistique comme chez trop de groupes dans ce genre, les cordes vocales du Belge jouent une partition à elles seules.
Un solide premier album dont la suite, pour ma part, sera attendue avec confiance, espérant voir le duo cheminer vers une identité encore plus marquée. L’écriture est soignée, des passages sont marquants et ponctués de breaks ou de plages ambient qui donnent de la respiration à un black metal aussi acide qu’oppressant. Il manque encore quelques riffs iconiques — ou un désespoir plus palpable — pour atteindre le chef-d’œuvre.