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Antichrisis - Cantara Anachoreta
Chronique par Storm - Publiée le 03/03/2026
Antichrisis - Cantara Anachoreta
Note : 6/6
Genre : Avant-Garde Gothic/ Doom Metal
Année : 1997
Label : Ars Metalli
Pays : Allemagne
Durée : 01:10:24
Tracklist :
1.
Vitae at Threscwald Anachoreta in Mortem
04:57
2.
The Endless Dance
12:19
3.
Requiem ex Sidhé
07:32
4.
Goodbye to Jane
07:40
5.
Baleias
06:11
6.
Her Orphaned Throne
11:36
7.
Descending Messiah
10:48
8.
Arcanum in Anchorage
09:21

Autant le dire tout de suite, plonger dans cet album, aussi original et alambiqué soit-il, est une expérience en soi, géniale selon moi et totalement exceptionnelle. Prévoyez plus d’une heure devant vous et soyez indulgent tout de même, "Cantara Anachoreta" est la première œuvre de Frank Weimer, aka Moonshadow, artiste allemand de son état, biberonné à Roy Orbison, puis aux artistes Glam (REX, THE KURSAAL FLYERS et Gary Glitter en tête), Punk (SEX PISTOLS) et enfin à ceux de la mouvance Dark Wave tels que JOY DIVISION, THEATRE OF HATE, CHRISTIAN DEATH ou bien encore THROBBING GRISTLE. Lorsqu’il crée le projet ANTICHRISIS en 1995, Frank Weimer écoute beaucoup de groupes tels que ANATHEMA, TIAMAT, PARADISE LOST, et ces influences, aussi diverses soient-elles, vont s’imprégner et infuser dans les longues compositions mélancoliques et pluri-atmosphériques.

Comme un bal maudit entre ombre et lumière, où le temps se perd et n’a plus de prise, les longs titres de ce premier album vont s’égrener avec une majestuosité envoûtante, parfois hésitante ou espiègle, rajoutant ainsi une part complexe et surprenante à ce clair-obscur infini et indéchiffrable. Le prologue est juste incroyable et promet de vous écarquiller les yeux par son introduction à l’architecture Dark Wave et gothique, et par son dialogue élégiaque entre Willowcat, qui signe le chant lyrique féminin, et les grunts de Frank. Ce que "Prologue Vitae At Threscwald Anachoreta In Mortem" n’annonce qu’en partie se déploie pleinement dans le titre puissant émotionnellement et imposant par sa narration géniale qu’est "The Endless Dance", une sorte de pièce gothique, doomy et néofolk à la fois, entre un EMPYRIUM libéré, un Mike Oldfield agité par les ténèbres et des incursions médiévales à la LACRIMOSA.

Frank Weimer aime à dire qu’il ne crée pas de chansons, mais qu’elles se manifestent en lui, telles des rêves ou des visions happées de l’inconnu, puis se construisent elles-mêmes par petites touches, et que son rôle est de leur donner une forme comme un jardinier taille un arbuste. Le côté polymorphe, décomplexé, avant-gardiste et visionnaire de cet album, mais également de cette première démo intéressante sortie en 1995 qu’est "Missa Depositum Custodi", me rappelle, certes dans une autre mesure et dans un autre style, les travaux d’Alf Svensson au sein de OXYPLEGATZ. Il y a bien quelque chose de foncièrement singulier et unique dans ce premier album insaisissable. "Requiem Ex Sidhe" est un titre sublime, et je pèse mes mots. Poétique et rêveur, il se love dans les tourments de la perdition, de la nostalgie et des bougies que l’on souffle pour cultiver la nuit dans son cœur. J’avoue aduler ce titre ; je ressens cet exutoire que l’artiste a fait refluer dans ces notes délicates et ténébreuses.

J’aimerais vous parler également de la plus énergique "Baleias", qui sera reprise sur d’autres albums de ANTICHRISIS par la suite avec de nouvelles sonorités, mais également de la tragique ballade "Goodbye To Jane", qui évoque le viol et dénonce le patriarcat, de la labyrinthique et mystérieuse "Descending Messiah", d’une rare beauté également avec cette narration vocale superbe de Frank et de Willowcat, ces différentes teintes de timbre créant – à l’instar des autres titres – un riche tissu expressif… Mais je vais m’arrêter là pour la chronique de ce petit chef-d’œuvre. Certes, ANTICHRISIS évoluera beaucoup par la suite et abandonnera de plus en plus ses oripeaux gothiques et doom, mais "Cantara Anachoreta" reste et restera, tout comme d’autres albums exceptionnels tels que "Seasons" de EVEREVE (1996) et "Pity Love" de BEYOND DAWN, sorti en 1995 (tous deux n’étant pas si éloignés que cela dans le fond), une fulgurance magique des 90s, un éclair imparable dans un ciel de nuit.

Enregistré avec les moyens du bord, certains regretteront l’absence d’une vraie batterie, même si, pour ma part, je trouve que la programmation est plutôt correcte ; cet album n’a finalement pas vraiment pris de rides. Une version remastérisée existe. Elle est sortie en 2010 via le label Tunguska Records et permet d’écouter l’album avec davantage de transparence et donc de détails, ce qui est toujours appréciable. Avant de tourner un peu la page de la scène extrême, ANTICHRISIS fera une tournée avec TRISTANIA, THE SINS OF THY BELOVED et SIEBENBÜRGEN dans de piètres conditions, mais cela n’entamera pas le moral de Frank Weimer qui, dans sa lancée, écrira le tout aussi copieux et protéiforme "A Legacy Of Love".

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