BLUT AUS NORD serait-il devenu en 2025 un projet cosmique se morfondant dans les gaz des nébuleuses d’un Black Metal contenté, ou aurait-il mis le pied à l’étrier pour nous assurer d’un décollage imminent vers le céleste, à l’instar d’un VORGA ? J’ai envie de vous dire : ni l’un ni l’autre, car le projet de Vindsval est bien plus que cela dans les faits. Il ne tremble jamais, il continue d’explorer sans la moindre retenue n’importe quel territoire, se nourrissant du feu et des échos lointains. Depuis quelque temps, le projet se meut de plus en plus dans des espaces dissonants, alambiqués, déconstruits et habités par la grande noirceur à venir. BLUT AUS NORD a tout d’un oracle, et ses derniers sermons ne font que confirmer sa quête visionnaire en solitaire.
Depuis le temps que nous connaissons BLUT AUS NORD, il est troublant de voir que ce projet poursuit nos vies, les scande de balises temporelles, mnésiques et nostalgiques, comme une clepsydre qui s’arrête et reprend. Rappelons-nous l’espace d’un instant que "Memoria Vetusta I: Fathers Of The Icy Age" a trente ans, diantre, nom de nom ! Trente ans à posséder l’art et la manière de conduire le néant, d’éconduire les émotions restreintes, de nous faire emprunter toujours et encore un labyrinthe sonore insoluble. Et ce seizième album reprend les rênes atmosphériques de "Hallucinogen", parcourant de nombreuses mélodies et parsemant, d’un jeu vocal toujours précis et envoûtant, ses cinquante minutes et quelques de rêveries hallucinées et d’espaces songeurs terrifiants.
J’ai mis un sacré temps à entrer par ailleurs dans cet album tant je l’ai trouvé plutôt monotone lors de mes premières écoutes. C’est en persévérant et en lâchant prise que l’on se sent happé, contaminé par certains titres. Je pense notamment à "The Falls Open The Sky" et à sa deuxième partie ultra-immersive, tintant comme un Post-Rock ondoyant et brûlant pourtant du feu d’un Black Metal de l’espace s’étendant jusque dans les hautes sphères. Je pense également au sémillant titre introducteur "Shadows Breathe First", impeccable dans sa propension à nous faire voyager à travers les nuages célestes, avec ses textures spatiales, son chant clair vaporeux par endroits et ses synthés cosmiques. Je note que quelques notes mélodiques développées au sein de son autre projet d’envergure actuelle, ERSHETU, apparaissent dans ce titre. "Seclusion" est aussi un très beau morceau, tout à la fois stellaire et mélancolique, qui, avec ses nombreux contrastes entre harmonies et dissonances, agressivité et clarté, nous ouvre une nouvelle voie, celle d’un univers sonore aux codes inconnus et aux perspectives mouvantes.
Une nouvelle fois insaisissable, BLUT AUS NORD ne s’attarde jamais à composer un album similaire au précédent. "Ethereal Horizons" fusionne l’abstraction, la dissonance et la quête de mélodies hypnotiques, et, ma foi, le fait bien. Dense, cosmique mais étrangement lumineux, ce nouvel album ne nous constricte pas ; bien au contraire, il tisse des riffs tranchants flottant dans des nappes éthérées pour mieux nous faire percevoir une forme d’apesanteur. Le projet a mûri encore un peu plus et, en cela, il construit quelque chose d’unique, un nouveau monde musical en somme qu’il nous laisse, l’espace d’un album, entrevoir. "Ethereal Horizons" est un opus qui brûle lentement et qui gagne en profondeur à chaque écoute. J’étire ainsi ma note vers le chiffre supérieur, car il est fort probable qu’au fil du temps, comme nombre de projets de la cohorte de Vindsval, il se bonifie davantage ; ce n’est, pour le coup, un secret pour personne.