ICE AGES est la troisième facette de Richard Lederer aka Protector que vous connaissez quasiment tous grâce à son autre projet d’envergure : SUMMONING. Il y a aussi DIE VERBANNTEN KINDER EVAS, un groupe de Darkwave Néoclassique qu’il compose avec sa sœur, Julia Lederer, également dans les années 90, pas inintéressant sur le papier ni sur les bandes, mais qui comporte quelques belles longueurs (nous en reparlerons car je compte compléter la discographie un de ces jours). Pour l’heure, intéressons-nous donc à ce projet bizarroïde au premier abord, décontenançant puisqu’il s’agit non pas de Metal mais bien d’une sorte d’Électro sombre et fortement teintée d’Indus. Au milieu des années 90, Richard Lederer ressent le besoin d’exprimer une musique différente dans une tout autre esthétique. Froid, mécanique, aux rythmiques complexes, lancinantes voire angoissantes, "Strike The Ground" est ce premier album.
S’inscrivant dans la mouvance de l’EBM industriel des années 90 avec d’autres noms autrement plus connus tels que HAUJOBB, WUMPSCUT ou bien encore VELVET ACID CHRIST qui, ces derniers, ont été bien dorlotés et biberonnés par les pères fondateurs de cet Electronic Body Music (EBM), un genre musical mêlant le Post-Indus au Synth-Punk dans les années 80, que sont THROBBING GRISTLE, SKINNY PUPPY, FRONT LINE ASSEMBLY mais aussi COIL (sur certains albums notamment), le projet de Richard Lederer adopte pourtant un tout autre parti en adoptant une lenteur inhabituelle des beats et laissant sinuer dans ses mélodies une atmosphère dépressive et introspective. Avec une thématique sur l’aliénation mentale (terme que l’on utilisait encore à l’époque) et des paroles signées Ray Wells (PAZUZU, RAVENTHRONE), le bon copain de l’époque, "Strike The Ground" propose plus d’une heure de son, le tout enrobé dans une production minimaliste mais bien immersive.
Premier album sorti donc en 1997, et d’autres suivront un peu au fil de l’eau, selon les désirs de Protector, mais force est de constater que le projet, en 2026, est toujours actif bien que son aspect froid et ténébreux ait, après "Buried Silence" sorti en 2008 (l’acmé de la discographie selon moi) et un hiatus de plus de dix ans, perdu de sa superbe au profit de boucles synthétiques plus lumineuses et de claviers davantage embellis de notes plus Pop, moins effrayantes et bien dans l’air du temps. "Strike The Ground" ne vous coupera pas le souffle mais il est vrai que certains titres possèdent cette ambiance lugubre captivante qui vous berce de cauchemars. "Endless Circle", "Time Of Dawn", "Trapped And Scared", "Transparent Dreams" sont de très beaux exemples de cet EBM talentueux mêlant voix distordues, rythmiques mécaniques programmées et textures synthétiques brumeuses aux tonalités tragiques et épiques. Du reste, "Trapped And Scared" ne fera pas un pli pour vous, puisque vous aurez reconnu, dès la première seconde, la version Électro de "Over Old Hills" paru sur le second album de SUMMONING, "Dol Guldur", également en 1997, à seulement quelques jours de différence de la sortie de "Strike The Ground".
Après, pour tout dire, je ne suis plus vraiment hyper fan de ce genre d’Électro, bien que j’aie apprécié, fut un temps, HOCICO, COMBICHRIST et SUICIDE COMMANDO. "Strike The Ground" me laisse plutôt de marbre dorénavant, sauf pour les titres sus-cités, ce qui est déjà pas mal. Ce premier album reste de bon niveau, il ne souffre pas tant du temps passé. En d’autres termes, il ne vieillit pas trop mal, à contrario, je trouve, des groupes sus-cités un peu plus haut. L’album suivant, "This Killing Emptiness" sorti en 2000, n’est pas non plus un chef-d’œuvre, n’en déplaise à certains avis dithyrambiques laissés par d’autres confrères chroniqueurs, mais se laisse écouter encore sans trop de crispations. La bonne surprise viendra du troisième album, "Buried Silence", qui développera, avec une production plus riche et des arrangements bien mieux élaborés, un monde dystopique plus absorbant encore (ah ! "Curse", quel titre fameux !).