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Astral Lore - Astral Lore
Chronique par Storm - Publiée le 22/03/2026
Astral Lore - Astral Lore
Note : 4/6
Genre : Atmospheric Black Metal
Année : 2024
Label : Primitive Archive
Pays : International
Durée : 51:31
Tracklist :
1.
The Earth Takes Its Shadows from the Sun Sinking Lower
19:57
2.
As a Pillar of Fog by Day and as of Fire by Night
14:57
3.
Wandering Down the Path Towards the Light
16:37

Avec des structures très longues — les trois titres que compte cet album sont au-delà du quart d’heure, le tout cadencé par une batterie hypnotique —, "Astral Lore" est le premier album de ce duo international, avec un certain Thomas Blanc alias DM au chant. Notre Frenchie est plutôt hyperactif et prête ses talents vocaux à un nombre important de projets divers mais toujours underground. Côté composition, c’est Henry qui s’en occupe, un Portugais né peu de temps après la sortie du "Stronghold" de SUMMONING et quelques jours avant le "At The Heart Of Winter" de IMMORTAL. Blague à part, ou maladresse mise de côté, cela pose le cadre et permet d’apprécier le potentiel de ce projet eu égard au jeune âge mais au talent précoce de ce duo.

D’emblée à l’écoute de cet album, j’ai été happé comme j’ai pu l’être parfois en entendant certains albums très immersifs de WOLVES IN THE THRONE ROOM ("Diadem Of 12 Stars", "Two Hunters", pour les citer), mais également d’autres de PAYSAGE D’HIVER pour leur voyage initiatique aux confins de l’introspection mélancolique, ou bien encore ceux de SPECTRAL LORE. Par endroits, il est fort probable que vous retrouviez quelques similarités avec la spatialité froide d’un DARKSPACE. ASTRAL LORE est un groupe discret, tapi dans l’ombre, guettant sa propre rêverie, distillant progressivement mais de manière continue son emprise et son aura spectrale pour fondre sur vous avec la précision d’un rapace nocturne. Réellement envoûtant, cet album, plutôt raw dans son approche et sa production, laisse ses atmosphères imprégner d’elles-mêmes l’écoute. "Astral Lore" va opérer de manière crescendo. Le dernier titre, "Wandering Down The Path Toward The Light", est le plus abreuvé d’hypnose et de cette impression spéciale que le temps et l’espace se distendent.

Les blasts martelés, souvent en continu, induisent et maintiennent cet état second ressenti. Happé dans des trémolo picking obsessionnels, la voix hantée et désespérée de DM incante une forme de rituel mêlant ésotérie et désespoir. Si le premier titre peine au début à nous induire une transe profonde, son break judicieux, aux alentours de sa cinquième minute, y parvient, explorant ainsi une gnose secrète enfouie au plus profond de notre cerveau pendant de longues minutes. Les nappes de claviers, fort discrètes, vont confirmer cette intention de confusionner notre esprit, d’en libérer les turpitudes pour en prendre possession. "As A Pillar Of Fog By Day And As Of Fire By Night" est certainement le titre le plus classique, bien qu’il déplie intelligemment un break superbe à sa dixième minute. Émettant un tintement mélancolique, celui-ci nous plonge dans cet entre-deux hypnagogique où toutes les expériences sont possibles.

Notre duo cogne fort, et ce, dès le premier album. Habité par un souffle nordique BURZUM-ien et des passages brumeux à couper au couteau, "Astral Lore" me donne l’impression de me faire perdre mes repères et d’habiter de manière obligée un état émotionnel. C’est un voyage lancinant, quand bien même les rythmes sont rapides. La force de cette musique, avant tout, c’est qu’elle arrive à produire non pas une forme d’expérience transcendante, mais une quête elle-même vide de réponse. En écoutant ce disque, votre impression ultime sera de ne pas l’avoir parcouru, mais de vous y être perdu sain et sauf. Les trois titres, s’ils sont distincts, fonctionnent comme des phases d’un même mouvement, créant la sensation d’un continuum mystique, d’une traversée étrange qui épuise les sens.

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