Après un bel album éponyme assez subtilement immersif et bien immergé dans les corridors sombres et étranges de la rêverie, sorti en 2024, et un EP plus sauvage et sombre à la fois la même année ("For The Everlasting Fire Perishes In The Hands Of The Fallen"), voilà que notre duo franco-portugais reprend du service en nous proposant — probablement pour nous faire patienter encore un peu — à nouveau un EP. "To Summon The Powers Of Bare Earth" propose, comme à l’accoutumée, de longs titres bardés de tempos rapides et de breaks décélérants, inducteurs de transe. DM est à nouveau passionnant au niveau de son chant, légèrement en arrière de scène et arraché au possible, ses vociférations, l’air de rien, brouillent le ciel d’écoute d’épais nuages noirs désenchantés.
L’EP démarre excellemment avec un premier titre fort recommandable et qui se qualifie comme l’un des meilleurs (si ce n’est même le meilleur selon moi) de la courte discographie d’ASTRAL LORE. Tout y est : hypnose diabolique et désincarnée, mur de guitares dense comme du permafrost et humant bon la nuit, vocaux à tendance terrifiante, rythmes implacables, blasts tenaces et ambiances volontiers belliqueuses. ASTRAL LORE paraît avoir resserré son jeu et ses atmosphères en les radicalisant et en les contraignant à être moins tournées vers le céleste. Les titres de cet EP sont plus hostiles et davantage abrupts, et ce n’est pas pour me déplaire. À l’image de cette pochette quelque peu dérangeante car non identifiable, ASTRAL LORE nous ramène avec cet EP à l’hostilité de la matière. Est-ce un phénomène céleste qui serpente sur tout l’horizon ? À l’instar d’une vague sinueuse et avide d’occuper et de dévorer tout l’espace du ciel, ASTRAL LORE nous emmène à rejoindre ce paysage rocheux, chaotique, basaltique, acéré, tranchant, qui exècre le vivant et l’expulse pour conserver sa matière inerte et exempte d’êtres vivants.
Remarquez d’ailleurs qu’il n’y a aucune interaction visible entre le ciel ni la terre sur cette pochette. Le ciel est immense, fragmenté, et luit d’une lueur étrange en mouvement, tandis que les rochers inamovibles jonchent le sol à la merci de l’éternité. Pour en revenir à la musique, sachez que le second et ultime titre est moins intéressant, malgré son introduction très évocatrice, tout en mid-tempo démoniaque. Il souffre de la comparaison avec son prédécesseur. Ce dernier ne possède pas les breaks ravageurs du premier, qui vous repiquent et vous envoûtent le cerveau à intervalles réguliers. Beaucoup plus lascif et paraissant embourbé dans une vase dévorante, ce titre peine foncièrement à décoller et comporte donc quelques longueurs. L’hypnose ASTRAL LORE-ienne, appelons-la dorénavant ainsi, reste présente mais a plus tendance à nous zombifier.
Vous savez à quoi vous en tenir, et le constat est assez simple : un premier titre juste génial de bout en bout et un autre bien moins ravageur. ASTRAL LORE change un peu la direction musicale de son Black Metal, en le parant d’atmosphères plus telluriques que célestes. Il est certain que, si cet EP est un encas, il présage un excellent futur album. J’aurais voulu dévaluer un peu la note eu égard au second titre, mais cela enterrerait à tort l’excellence du premier. Je vais donc m’en tenir à un constat sage.