Je vous avais chroniqué le premier album des Danois de LYSBAERER il y a quelque temps pour vous en dire que du bien. Il faut dire que, pour un premier essai, ils ne s’en étaient pas trop mal sortis, les bougres. Leur Metal moderne, foncièrement Post et fort bien produit, avec des abords bien mélancoliques mais restant toujours sur une dynamique et une énergie puissantes des riffs, m’avait bien tapé dans l’œil. Et pour tout vous dire, ce second album, "Trolddom", ne part plutôt pas trop mal. Les Danois sont sur leur lancée, il n’y a désormais plus de doute. Leur identité musicale singulière est désormais détectable. Déjà sur leur rampe de lancement, il manque aux Danois encore une signature sur un label — à moins que cela ne soit sciemment voulu —, afin de promouvoir un peu plus largement leurs disques.
Les amateurs de Post-Black, plutôt orientés du côté mélodique qu’atmosphérique de la force, trouveront en LYSBAERER un projet intéressant, point trop démonstratif mais bien mâtiné de nébulosités mélancoliques. Les Danois nous font ressentir le désenchantement, la perdition, la dilution de l’être dans les ambiances de l’album. Alternant entre passages éthérés, remplis de points de suspension, subissant l’agression de vocalises acérées, et passages violents, blastés, bien cadrés par un riffing de grande qualité, "Trolddom" déroule de longs titres aux structures soignées, développées de manière progressive, induisant de belles immersions et de belles variations émotionnelles. Le chant de Thomas Mascagni, fort vindicatif et plutôt orienté Black Metal, avec toujours ce grain un peu coreux qui me plaît pour ma part beaucoup, pourrait en chagriner certains, bien qu’il me semble moins excessif que sur le premier opus, "I: Som Et Lys I Natten, Må Vi Alle Finde Frelse", sorti en 2024. Je trouve qu’il galvanise cette agressivité et que sa tessiture dépressive a tendance à sublimer de nombreux passages.
Les trois longs titres sont fort intéressants, mais il est vrai que le dernier d’entre eux, "Fra Aske Till Intet", sort du lot. Tout de la formule puissante de LYSBAERER est livré. Longues montées sonores Post-Metal augurant une décharge mélancolique foudroyante, cris plaintifs déchirés, leads brodés comme une toile d’araignée emprisonnant les derniers sentiments d’espoir et de raison. S’il fallait ne retenir qu’un titre, je choisirais sans conteste celui-ci. Mention spéciale aussi à la fin Ambient décharnée de "Forsonet Gennem Røgens Slør" qui, avec ses accointances atmosphériques, me rappelle certains travaux de RAISON D’ÊTRE. Mention également à "I Månens Blanke Skær", à sa vélocité sans faille, à son empreinte triste et subtilement enragée… encore une fois les minutes passent et pas une longueur de trop ne se fait sentir.
Un album, donc, qui confirme tout le bien de ce projet qui, certes, ne révolutionnera pas le Metal, mais qui sait finement, précieusement sortir du lot avec une aisance fort respectable. La richesse technique et le riffing efficace ont à nouveau franchi une marche avec "Trolddom". Manque encore un petit je-ne-sais-quoi pour marquer encore un peu plus l’écoute, faut dire que le style est déjà bien saturé. LYSBAERER n’a pas déçu. Le projet a, à l’évidence, un très bel avenir devant lui, et je serai un de ceux qui seront au rendez-vous.