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Tidfall - Circular Supremacy
Chronique par Storm - Publiée le 31/03/2026
Tidfall - Circular Supremacy
Note : 4/6
Genre : Symphonic Black Metal
Année : 2000
Label : Nocturnal Art Productions
Pays : Norvège
Durée : 52:05
Tracklist :
1.
In the Eyes of Death
05:51
2.
A Hidden Realm
06:03
3.
Allured by Grief
04:44
4.
Black Psychotic Darkness
03:02
5.
Bloodact
04:38
6.
Shining Serpent
05:31
7.
In a Dark Dream
04:37
8.
Empty Silence
06:03
9.
Reflections
05:32
10.
Hymn to Fall
06:04

La genèse du projet TIDFALL est intéressante parce qu’elle se situe à un moment très particulier de l’histoire du Black Metal : le début des années 1990 en Norvège, lorsque la scène locale est en pleine ébullition. Le groupe n’est pas au centre du « mythe médiatique » de la scène (contrairement à MAYHEM, BURZUM, SATYRICON ou EMPEROR), mais il appartient clairement à cette génération qui a grandi dans son ombre et qui a essayé de pousser le style dans une direction plus atmosphérique et électronique. L’histoire démarre en 1992, sous le nom de PAGAN DIVINITY, lorsqu’un trio d’adolescents décide de former un groupe de Black. L’essor du groupe débutera avec l’arrivée de deux autres membres, la bassiste Sorg et le claviériste Aftaneldr, ce qui aura pour effet l’enregistrement de deux démos qui attirent déjà un label, suite à des critiques élogieuses.

L’arrivée des claviers offre une nouvelle identité au groupe et un tournant esthétique s’opère. L’offre du label, pourtant, sera déclinée par le groupe, les Norvégiens aspirant à des offres plus alléchantes et n’ayant nul besoin pressant de sortir quelque chose (ndlr : il s’agissait d’un label mineur), le groupe se concentre sur les répétitions et la composition. Assez rapidement, nous sommes à la fin du millénaire, le groupe tape dans l’œil d’un certain Samoth, guitariste émérite chez un certain EMPEROR (!) et boss d’un label qu’il a formé : Nocturnal Art Productions. Et TIDFALL intéresse Samoth à plus d’un titre. Les Norvégiens se classent dans la catégorie Black Metal Symphonique haute classe que ce label aime produire. Notons que précédemment, le sieur Samoth avait jeté son dévolu sur d’autres groupes et les avait intégrés finement à son catalogue. Le "Moon In The Scorpio" (1996) ou le "In Abhorrence Dementia" (1997) de LIMBONIC ART, c’est lui. Le "The Sad Realm Of The Stars" (1998) de ODIUM, le "Aeons Of Magick" (2000) de SIRIUS, c’est lui toujours !

Alors si je vous parle de ces groupes, c’est bien qu’il existe, à l’écoute de ce "Circular Supremacy" de TIDFALL, un lien de filiation fort, un cordon ombilical symphonique mû par l’expression forte des claviers, du moins sur ce premier album. Oui, car le groupe décrochera une belle timbale en intégrant l’écurie Nuclear Blast Records pour les deux albums suivants (ils seront aussi ses derniers), mais "Instinct Gate" (2001) et "Nucleus" (2003) s’écarteront du Black Symphonique pur au profit, à l’instar des THE KOVENANT, ARCTURUS, SIRIUS (sur ses albums post-"Aeons Of Magick"), d’un univers bien plus entremêlé de textures électroniques et/ou industrielles. Néanmoins, nous ressentons déjà sur ce "Circular Supremacy" l’horizon découvert d’un Black Metal plus moderne, très en vogue au tout début du millénaire. Pour revenir donc à cet opus, sachez que la production est léchée et permet une grande visibilité des riffs et des mélodies inhérentes. Les orchestrations symphoniques restent sombres et point trop grandiloquentes, fort heureusement. TIDFALL agit du côté ténébreux de la force.

Il en résulte des titres admirables. Je pense beaucoup à "In The Eyes Of Death", "Allured By Grief", "Bloodact", ou bien encore à "Reflections". Les amateurs de DIMMU BORGIR y trouveront également leur compte, car certaines sonorités vous épateront de par leurs enveloppements cristallins et spectraux. D’autres titres apparaissent plus quelconques, du moins avec moins de montées émotionnelles, mais tous restent de bon niveau. TIDFALL fait donc partie de ces jeunes groupes post-seconde vague, adorateurs d’EMPEROR et consorts, mais qui ont su rapidement s’extirper de la nasse « true » qui infusait de manière nauséabonde dans le Black Metal de ces années-là. En créant un album plus atmosphérique, cosmique et, de surcroît, introspectif, les Norvégiens ont rapidement confirmé leur talent de composition et leur volonté forte d’expérimenter aussi tout autre chose.

Dommage que le groupe n’ait point persévéré dans cette veine symphonique en passant chez Nuclear Blast Records. Dommage aussi qu’ils n’aient pas pu défendre ce "Circular Supremacy" lors de tournées (Samoth de Nocturnal Art Productions ne possédait pas les fonds et était surtout bien trop occupé par ses autres projets). L’opus aurait pu, de fait, accroître sa popularité et rester moins dans l’ombre. Que cette chronique lui donne un peu plus de lumière, ce qu’il mérite amplement.

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