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Sombres Forêts - La mort du soleil
Chronique par S. - Publiée le 04/04/2026
Sombres Forêts - La mort du soleil
Note : 5.5/6
Genre : Black Metal Atmosphérique
Année : 2013
Label : Sepulchral Productions
Pays : Canada
Durée : 52:22
Tracklist :
1.
Des épaves
05:04
2.
Étrangleurs de soleils
08:35
3.
Brumes
08:51
4.
Au flambeau
06:39
5.
L'éther
09:09
6.
La disparition
09:23
7.
Effondrement
04:41

Est-ce un aveu de faiblesse que de reconnaître le caractère profondément touchant de cet album ? Sans doute, preuve d’une certaine forme d’humanité chez votre serviteur. Plus que les autres, “La mort du Soleil” fait ressurgir des émotions enfouies au plus profond de soi, jusqu’alors insoupçonnées. Cette performance tient autant du fait de la richesse des compositions que dans la justesse de l'interprétation.

Sombres Forêts a pendant longtemps cherché son identité, sa sonorité, pour semble-t-il enfin la trouver ici. “Quintessence” et “Royaume de Glace”, parus coup sur coup en 2006 et 2008, avaient mis en lumière ce projet au travers d’un Black Metal atmosphérico-mélancolique, au mixage imparfait et à la production assez crue en comparaison, mais suffisants pour capter l’attention du profane.

Cinq années ont été nécessaires pour faire mûrir l’entité du seul membre fondateur Annatar et accoucher de “La mort du Soleil”. Il est d’ailleurs assez troublant de comparer l’évolution de Sombres Forêts avec leurs compatriotes de Gris, qui suivent à peu de choses près la même direction artistique quand, dans le même temps, ces derniers sortent “À l'âme enflammée, l'âme constellée…”. L’accointance entre les trois québécois n’est toutefois un secret pour personne, le duo de Gris ayant assuré les parties live de Sombres Forêts et ont même uni leur créativité pour former un projet parallèle, répondant au nom de Miserere Luminis.

Avant même d’aborder l’aspect musical, la prise en main du disque s’effectue de façon visuelle, au travers de cette couverture peinte par l’artiste français Fursy Teyssier (Les Discrets). Énigmatique, envoûtante et dramatique, elle y révèle un bateau en pleine débâcle, dévoré par les flammes, en proie à une mer déchaînée, dans la tempête. Est-ce là le parallèle avec les noires évocations de l'œuvre d’Annatar ? Assurément. Les paroles, dont la qualité d’écriture est à relever, évoquent sans cesse les cieux, les mers, la fuite...qui semblent s'enchevêtrer pour aboutir à une tragique destinée. Le désespoir et la mélancolie constituent le fil conducteur de cet album, dont les textes n’en sont qu’un indiscernable écho. Annatar propose ici une interprétation très personnelle du Black Metal, faisant fi des codes pour laisser libre cours à ses désirs créatifs. Le rythme n’est jamais excessif, plutôt posé d’ailleurs, métaphore d’une sereine agonie soulignée par les vocaux déchirants de l’individu. 

C’est surtout au niveau des compositions que l’opus brille. Tout en nuances, les titres se révèlent être de puissants maelstroms émotionnels, introspectifs et intimistes. C’est seul que nous assistons impuissants à ce naufrage. Les martèlements lourds des fûts s’estompent parfois pour laisser place à des arpèges mélancoliques, des incursions de guitare acoustique ou un funeste piano. Sombres Forêts prend le temps de développer ses ambiances sans tomber dans l’écueil de la répétition. Variés dans leur construction, les morceaux ont un pouvoir attractif, saisissant l’auditeur de la première à la dernière seconde.

Ce troisième album de Sombres Forêts est sans aucun doute l'œuvre la plus aboutie du one-man-band québécois. Mature et très personnel, “La mort du Soleil” s’écoute avant tout avec le cœur tant les émotions qu’il renferme sont intenses.

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