Bah alors les keums, moi j’y ai cru à votre fake news de l’hiver dernier, mais vous vous êtes pris les pieds dans le tapis, à ce que je crois comprendre*. Performance artistique, vous dites, tsss tsss, coup de pub promotionnel déguisé plus probablement, mais vu de ma fenêtre, ça m’a fait plutôt marrer, en tous cas bien plus, je crois, que l’intelligentsia bien-pensante, pour une fois d’accord avec les autorités, pour vous tailler un portrait au scalpel tout en montant à la hâte l’échafaud. Mais, pour tout dire, ma mémoire a déjà dégagé cet épisode. Bien plus concentré à plonger dans les souvenirs exquis du premier album "Skrekk Lich Kunstler", d’il y a déjà quasi vingt ans…, mon cerveau tintait de moultes alarmes lorsque ce nouvel opus entra dans mon antre. Il faut dire qu’écouter SLAGMAUR ne laisse jamais indifférent. Opératique et malaisant pourraient être les deux qualificatifs qui siéent le plus aux compositions de General Gribbsphiiser. Mais attention, pas de comique tragique ou de tintouin mièvre, SLAGMAUR est avant tout horrifique et terriblement zombifié par des rythmes lascifs et tranchants, très souvent hypnotiques et en mid-tempo.
Projet artistique total, mêlant son, performance, narration et provocation, SLAGMAUR s’inscrit dans la scène dite du « Nidrosian Black Metal » (la scène locale du Black de Trondheim), dont sont originaires d’autres groupes tels que MARE, CELESTIAL BLOODSHED, ou bien encore WHOREDOM RIFE, réputée pour son approche davantage mystique et artistique. Nos amis Norvégiens « qui nous veulent du mal » avaient pourtant été plutôt monotones depuis le génial "Skrekk Lich Kunstler". Les deux albums qui ont suivi, "Von Rov Shelter" (2009) et "Thill Smitts Terror" (2017), n’ont pas emporté les foules ni même mes propres écoutes. Les ambiances malsaines et lugubres, marque de fabrique de ce projet, se sont trouvées bien plus noyées dans le mix et n’ont que très peu su me convaincre (et je n’aurais pas hésité à leur coller pas plus qu’un 3/6, selon le barème du webzine). Ce qui n’est pas le cas de ce nouvel opus !
Moins expérimental, SLAGMAUR continue cependant à tordre ce Black Metal qu’il aime tant déformer. Cet album, plus minimaliste dans son approche, développe des riffs BURZUM-iens bien entretenus par la production de Snorre W. Ruch (THORNS), un des pionniers du son du Black norvégien avec son projet THORNS (dont on attend la suite depuis… un peu trop longtemps…)**, qui a développé et diffusé ses fameux riffs froids, répétitifs, mécaniques, tapant sacrément dans l’œil des EMPEROR et MAYHEM & consorts de l’époque. D’ailleurs, petite parenthèse : SLAGMAUR pourrait faire partie de cette liste de formations d’avant-gardistes patentés qui n’ont su que creuser leur propre sillon en restant des iconoclastes et des inclassables de la pire espèce. "Hulders Ritual" était attendu et il ne déçoit pas. Si vous aimez les riffs entêtants et les rythmes calqués à votre battement cardiaque, cet album est pour vous.
"Wildkatze" est un de ces titres passionnants qui, l’air de rien, vous travaille les neurones en les rendant captifs. Et on en redemande ! Alors General Gribbsphiiser sort à la suite un "Huldergeist" aux consonances industrielles décharnées, avec des vocaux hirsutes se télescopant aux parois d’acier des riffs, mais également un "Hexen Herjer" doomy et fantomatique — un titre exceptionnel qui vous rappellera à coup sûr le premier album — aux ambiances théâtralisées totalement aimantées par la sombreur post-apocalyptique et les époumonnements étouffés du Dr. Von Hellreich. Non, vraiment, SLAGMAUR a assuré et a bien soigné cet album, bien qu’il en ait eu sacrément le temps depuis 2017… Oublions les anecdotes peu glorieuses et concentrons-nous sur cette pochette énigmatique et pourtant fort à propos par rapport à la thématique de l’album. Le concept de l’album reposant sur la « Huldra », une entité féminine du folklore scandinave ayant la particularité d’être un esprit forestier séduisant, attirant les humains pour les faire disparaître… Quoi qu’il en soit, je vous conseille fortement d’écouter ce "Hulders Ritual", un opus bourré d’imprévisibilité et fort bien réussi.
* General Gribbsphiiser et Snorre W. Ruch ont monté de toutes pièces une histoire fictive de disparition. Ils se sont portés disparus en montagne en alimentant un faux site d’actualité créé pour l’occasion et en déployant des affiches de diffusion à l’international concourant à l’implication de vrais secours en termes de moyens humains et de logistique.
** Un second album de THORNS est annoncé depuis de nombreux mois… voire années, mais la date de sortie est sans cesse repoussée.