Pour leur cinquième album, les Autrichiens d’ABIGOR, alors en grande forme, commencent à faire craqueler un peu le vernis de leur Black Metal originel. En incorporant quelques touches plus médiévalisantes encore par quelques effets sonores, mais surtout en incorporant à leur recette bien davantage de claviers, "Supreme Immortal Art" sonne comme un album de mutation, un opus-recueil des expérimentations du groupe. Plus majestueux, puisque plus symphonique, surtout en comparaison de la froideur étrange d’un "Opus IV", l’opus fournit un travail plutôt cohérent malgré son chaos incarné proéminent ressenti aux premières écoutes.
Tharen d’AMESTIGON et la femme de Peter Kubic (paix à son âme) s’occupent, en tant qu’invités, des claviers. La voix de Silenius se veut aussi plus fluide, bien que le jeu qu’il développe passionne moins ; c’était pourtant une de ses forces. Les titres paraissent éclatés et concentrent un mille-feuilles d’idées empilées. Les enchaînements sont abrupts, les textures et les ambiances paraissent se multiplier plus ou moins de manière décousue, les arrangements sont parfois « trop » chargés, si bien que j’ai encore bien des difficultés à repérer le fil rouge de l’album.
Projet ambitieux, dense et orchestral, "Supreme Immortal Art" n’arrive toujours pas à me convaincre malgré les années et les efforts consentis depuis des lustres à lui redonner une nouvelle chance. À la lumière de la discographie désormais éteinte du groupe, cet album apparaît comme le point de bascule du groupe vers sa soif d’expérimentations, ouvrant la porte ainsi au futur "Channeling The Quintessence Of Satan", mais également comme un marqueur temporel clôturant sa première période (1993-1998).
Les amateurs de titres alambiqués, peu nostalgiques des "Nachthymen (From The Twilight Kingdom)" ou autres "(Verwüstung / Invoke The Dark Age)", pourront trouver leur compte dans ces titres fragmentés, riches à foison de détails et de claviers grandiloquents. Pour les autres, écouter "Supreme Immortal Art" n’est pas un supplice ni une déception, juste quelque chose d’acceptable de la part d’un groupe aussi talentueux.