Telle la comète en provenance du vide stellaire, Ehtëk est cette entité surgie des profondeurs du cosmos. Point brillant jailli de nulle part, ce projet a tout de suite capté l'attention du contemplateur du néant que je suis. Là aussi, on ne sait absolument rien de ce curieux astre : pas d'origine géographique, aucune connaissance des éléments qui le composent. Autant de facteurs renforçant le mystère gravitant autour de ce projet.
Une chose est sûre, l'univers musical et conceptuel de Trhä plane partout : logo, artwork énigmatique, langage totalement inventé et loufoque. À croire qu'il s'agit là d'une énième création de ce fantasque personnage qu'est Damián, artiste insaisissable dont chaque projet semble naître d'un monde parallèle au nôtre. Du moins en apparence.
Hesh Thr∆v Ba'áh∤ Ehtëk Sön Vhél Dhr∇'ab Á Bhəhél constitue la première œuvre dévoilée par Ehtëk, EP d'un peu plus de vingt minutes, nom formé par l'agrégation des trois titres composant la pièce ; signification dont seul l'auteur détient la clé. Musicalement, il s'agit d'un black metal atmosphérique assez unique en son genre, théâtre d'un monde où se mêlent la féérie, l'onirisme, la mélancolie et surtout une certaine forme de démence, celle-ci portée par les cris plaintifs et fragmentés du vocaliste, comme si celui-ci exprimait une détresse qui déborde le cadre de la simple performance. Ils accentuent le penchant vicieux des compositions, emplies de délire, d'imprévisibilité et de nostalgie. Paradoxalement, l'alchimie fonctionne parfaitement et ne tombe pas dans les travers de l’avant-gardisme ou de l'expérimental gratuit. On retiendra l'interlude central, instrumental à la beauté aussi puissante que son caractère improbable.
Quand retentissent les dernières notes, on se demande à quoi encore avons-nous eu affaire, tant la singularité d'Ehtëk fait mouche. Cette sensation d'avoir été le spectateur d'un individu exprimant une euphorie noire dans sa capsule de démence. Une binarité des émotions assez perturbante où les mélodies, parfois lumineuses, côtoient la détresse palpable du musicien ; les deux ne s'opposant pas, mais se nourrissant l'une de l'autre.
Ce même clair-obscur que le profane voit dans le ciel étoilé…