Igric, one-man band Slovaque en activité depuis 2002, mais sur mon radar seulement depuis 2007 et l’excellente démo Nárek dávnych hviezd (que je vous conseille par ailleurs si vous voulez retrouver ce son ambient/pagan si typique de ces années-là), n’est pas forcément le groupe le plus en vue parmi les très nombreuses formations d’Europe de l’est (ou d’Europe centrale, selon vos préférences sémantiques), en dépit de quelques sorties avec des noms plus prestigieux comme le split avec Aeons Winds et Midnight Odyssey.
On s’intéresse ici à un EP sorti en 2021, même si deux des quatre morceaux ont en réalité été enregistrés dans les années 2010. Intitulés « Tides », c’est donc sans surprise qu’on retrouvera une illustration d’une plage (à marée montante ou descendante, je ne saurais le dire) sous un ciel gris et lourd. Ça change des montagnes enneigées ou des denses forêts envahies de brumes. Pour les amateurs de format physique (si l’on veut), sachez que « Tides » a été exclusivement édité sur clé USB, à seulement 25 exemplaires.
Le concept de cet EP est de nous proposer une œuvre à deux faces, un peu à l’instar des premiers albums de Munruthel : les « marées du soleil », et les « marées de la lune ». Le côté jour, constitué des deux premiers titres, est plus lumineux (jusqu’ici ça se tient) et plus enlevé. « High Tide Of The Sun » nous emmènerait presque vers les rivages du shoegaze, avec ses guitares éthérées, son rythme mid-tempo et ses mélodies radieuses, alors que « Low Tide Of The Sun », quoique reprenant à son compte ces éléments, contient déjà plus d’éléments ambiant rappelant les premières sorties du groupe.
La transition est donc bien amenée, puisque commence ensuite la partie lunaire du disque (il s’agit des deux morceaux composés à l’occasion de la sortie de l’EP) par un premier titre totalement ambient et instrumental, comme pour mieux nous faire passer dans un état plus calme et plus adéquat au rythme nocturne. Plutôt sympathique sans être non plus transcendant, j’aurais presque tendance à le considérer comme une longue introduction au morceau de bravoure de cet EP, « Low Tide Of The Moon » et ses neuf minutes de bonheur sélénite. On sent très nettement la césure avec les titres solaires, non seulement parce que une bonne décennie sépare les deux parties (l’homme et sa musique ont nécessairement évolué dans cet intervalle) mais aussi et surtout avec la structure de ces deux dernières chansons. On est franchement sur une partie beaucoup plus ambient, totalement instrumentale, avec des guitares éthérées venant donner du relief à la base des synthés. L’ensemble rend vraiment bien, matérialisant parfaitement le concept voulu avec ce penchant plutôt rêveur s’opposant à l’exaltation de la journée.
Tout cela est vraiment très plaisant à écouter, c’est presque dommage que ce ne soit qu’un EP de moins de 25 minutes. Nous avons là quatre compositions d’excellente qualité qui, en dépit d’avoir été engendrées à dix ans d’écart, forment un ensemble conceptuel cohérent et qui mérite tout à fait votre attention exclusive.