Après une virée dans les terres plus symphoniques du Black Metal, avec le dernier album, "Supreme Immortal Art", les Autrichiens de ABIGOR reviennent un peu plus à leurs fondamentaux avec un sixième opus qui nous rappelle les bonnes aspérités rêches et aiguisées d’un "Opus IV", avec quelques proto-métamorphoses. Le groupe paraît goûter de plus en plus au festin de la dissonance et ce dessein éclatera au grand jour dans le futur "Fractal Possession". Pour l’heure, P.K et T.T — puisque Silenius a quitté le bateau ABIGOR, bien trop accaparé à soigner son vaisseau-amiral SUMMONING —, et Thurisaz (AMESTIGON, HEIDENREICH), le petit nouveau au chant, se concentrent à développer leur Black Metal vers une nouvelle ère plus froide et inconfortable encore.
Complexe mais passionnant, cet album fut assez incompris à sa sortie (et j’ai envie de vous dire comme nombre d’albums qui suivront), "Channeling The Quintessence Of Satan" est pourtant, si l’on s’amuse à le décortiquer méticuleusement, un exemple même d’un Black Metal initiatique, pas fait pour être aimé mais pour être traversé. En amorçant une immersion totale dans la noirceur, l’album cherche à détruire les habitudes naturelles d’écoute et fond sur l’auditeur à une vitesse précise pour le déboussoler et lui faire perdre ses repères. Il en résulte donc des titres étouffants, constricteurs, habilement menés par des riffs imprévisibles, difficilement mémorisables.
Le chant de Thurisaz n’égale pas le jeu incroyable de Silenius, mais sa tessiture s’en approche, ce qui, pour le coup, évite une trop grande fracture de ce côté-là. T.T est toujours aussi exceptionnel à la batterie, d’autant plus que ce chaos musical organisé est du pain béni (ou maudit, c’est selon !) pour son jeu complexe et désarçonnant. Il en résulte donc un album pas simple à écouter et à digérer, mais impossible à vilipender. Il ne saurait rebuter les plus dingues d’entre nous. Ceux-là pourront le porter aux nues à sa juste valeur. Je retiens pour ma part des titres très intéressants : "Wildfire And Desire", "Utopia Consumed" et "Pandora’s Miasmic Breath". Gasp !