Klävitt, Klävitt... Skogen Evigt Eka - Urskogen
Chronique par Storm - Publiée le 18/04/2026
Klävitt, Klävitt... Skogen Evigt Eka - Urskogen
Note : 4/6
Genre : Ambient Black Metal
Année : 2024
Label : Mysticism Productions
Pays : Suède
Durée : 01:11:48
Remarques : Demo
Tracklist :
1.
Svartkonst från Forna Tider
07:16
2.
I Stämmans Visdom
31:10
3.
Vandra i Evig Skogsmystik
15:04
4.
Den Förtrollande Evighetsmagin
18:18

En démarrant cette nouvelle offrande et ode à la nuit par une longue introduction comportant un riff qui me rappelle furieusement celui principal du titre "Chamber Of Penance" des diables finlandais de MARRAS, Swartadauþuz et sa clique nous inviteraient-ils sur un chemin beaucoup plus escarpé et aux roches toutes arêtes dehors que la première forte lugubre démo "Demo#1" ? Si ce chemin de traverse pourrait nous paraître abrupt et blessant, le contenu musical de "Urskogen" (= littéralement la forêt primitive) va davantage nous embarquer dans des boucles sonores d’Ambient introspectives, tout à la fois lumineuses et sombres.

En mirant cette pochette équivoque, nous pourrions avoir la sensation d’un abandon total aux forces indépassables de la Nature et de ses conditions. Et c’est avec beaucoup d’humilité sans doute que Swartadauþuz s’avance pour prendre part à ses propres réflexions ou à laisser libre cours à sa rêverie. Et c’est bien ce qui transparaît le plus dans cette nouvelle démo, conduite de main de maître par le sieur suédois. Les motifs redondants et quasi hypnotiques vont être légion et auront ce pouvoir toujours très étonnant de nous laisser place à l’abandon plus qu’à l’ennui ou au trépignement d’impatience. Prenez les plus de trente minutes de "I Stämmans Visdom" (= dans la sagesse des peuples) et qui répètent quasi inlassablement le même riff. Son contenu poétique et cette joyauseté (désolé pour ce syllogisme) mélodique proposés sont le reflet d’un processus méditatif puissant – à l’instar d’un mantra – qui nous conduirait à ne gagner que nos propres pensées, à leurs revers ou à leurs beautés.

Et ce ne sont pas les deux autres titres suivants, qui dépassent tous deux le quart d’heure, qui vont modifier en substance les velléités ferventes de dépossession de soi de l’album, même s’il est vrai qu’elles ne convaincront pas facilement. À la différence de la première démo et du titre d’ouverture de "Urskogen", ces deux titres sont totalement Ambient et présentent des riffs de guitare a minima. Ils ont l’esprit de l’écho et des ombres en eux. Dans "Vandra I Evig Skogsmystik", il y a bien ce dialogue tempétueux entre une chouette, l’orage et quelques lignes de guitare, mais quelque chose traîne en longueur et fait perdre peu à peu le fil halluciné que l’album avait si savamment instillé et introduit. Il y aura bien cette flûte désenchantée sur le dernier titre "Den Förtrollande Evighetsmagin" (= la magie enchanteresse de l’éternité), mais on aurait davantage de peine à suivre le flot – que l’on entend d’ailleurs avec cette prise de son, peut-être de Field Recording, de galets roulants dans un torrent – et à essayer d’y progresser là où le courant nous mène.

Quoi qu’il en soit, cet album est fait pour la rêverie, et pas qu’un peu. Cet album est l’aboutissement de quatorze années d’assemblage et de construction. Beaucoup moins tourmenté et abrupt que "Demo#1", son heure et quelques de sinuosités Ambient s’imprègnent par contre facilement dans nos veines. Je retiens surtout les tourments magnétiques de "I Stämmans Visdom", et ce n’est déjà pas si mal, car cette piste va vous posséder totalement si toutefois – comme à l’accoutumée avec ce genre d’objets – vous vous laissez aller à rien d’autre qu’au rien et à son vide absolu. Vous êtes prévenus. Les insomniaques en mal d’endormissement comprendront.

3 lectures