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Foetorem - Incongruous Forms Of Evergrowing Rot
Chronique par Storm - Publiée le 21/04/2026
Foetorem - Incongruous Forms Of Evergrowing Rot
Note : 4/6
Genre : Death/Doom Metal
Année : 2026
Label : Everlasting Spew Records
Pays : Danemark
Durée : 40:27
Tracklist :
1.
Reeks of Moldy Guts
05:13
2.
Escalating Rot
04:44
3.
Oozing with Pustulent Fluids
04:26
4.
Mors Viaturis - The Death Traveler
05:35
5.
Grotesque Decomposition
00:31
6.
Rebirth in Morbid Disgust
05:15
7.
Tapestries of Misery
05:10
8.
Decay of the Flesh
03:55
9.
Peeled Face Mask
05:38

Au royaume du Danemark, FOETOREM (littéralement "puanteur de décomposition") se fraie un chemin actuellement, l’air de rien, en proposant judicieusement de ramener à son état de putréfaction le plus organique le Death/Doom cavernicole bien en vogue aux États-Unis avec des groupes tels que SPECTRAL VOICE, WORM, MORTIFERUM, mais également en Finlande avec KRYPTS et HOODED MENACE. Largement influencés par les vieux de la vieille ASPHYX, DISEMBOWELMENT, UNHOLY et RIPPIKOULU, nos chers Danois ont mis leurs compétences individuelles à profit pour fusionner avec une grande aisance un Death Metal old school (lorgnant davantage du côté de la ligne finlandaise) et le Doom funéraire bien caverneux, lourd, écrasant, presque stagnant.

Rien qu’à écouter le grain du chanteur Claus, guttural et profond à souhait, nous avons comme l’impression que ses growls très graves, presque infra-humains, sont l’exhalation d’un charnier innommable. Teintant d’une noirceur dérangeante les riffs sortant de guitares accordées bas et au grain sale, les voix d’outre-tombe nous obligent à contempler des paysages sonores miasmatiques où s’étalent chair en décomposition, faune et flore décharnées, essaims de mouches, vermines rampantes et ruines humaines. Avec une sensation d’enfermement ressentie et parfois d’étouffement, les Danois de FOETOREM arrivent à nous traîner dans un univers dissolu où règnent la mort et l’obscurité. Les rythmes sont volontiers instables et oscillent entre blasts agressifs, mid-tempos écrasants et lenteur Doom pesante comportant aussi quelques doses de groove bien senties.

Et c’est un album déjà fort mature qui s’offre à nous. Il faut dire que certains membres de FOETOREM ne sont pas nés de la dernière pluie. D’ailleurs, j’ai été agréablement surpris d’y retrouver, au poste de batteur, Geistaz de GEISTAZ’IKA, à la manœuvre de ce fameux projet que j’ai porté aux nues il y a quelque temps, et dont je ne peux que conseiller l’écoute si vous êtes friands de Black Metal atmosphérique fantomatique. Pour revenir à "Incongruous Forms Of Evergrowing Rot", notez, chers lecteurs, que vous serez assaillis très rapidement par ce mur sonore compact et opaque. Les titres vont s’enchaîner et vont littéralement vous sucer le cerveau en en vidant la substance. Bien que parfois j’y retrouve un peu de groove à la ILLDISPOSED, notamment sur certains titres tels que "Oozing With Pustulent Fluids" et "Decay Of The Flesh", c’est bien au travers de trémolos dissonants et de chugs doom qui s’abattent lourdement après un déluge de blasts que FOETOREM impressionne.

Des titres vont ainsi sortir sacrément et funestement du bois. Je pense tout particulièrement à "Rebirth In Morbid Disgust", qui vaut son pesant d’os, avec notamment ce passage morbide à souhait vers 03:15, qui me rappelle certains autres de WORM. Ce titre oscille entre passages lourds écrasants et des reprises brutales de rythme qui vont vous réanimer les neurones, avec toujours une incertitude pour un bon pronostic… Je pense également au génial "Escalating Rot", un titre qui se démène comme un beau diable et nous offre des mélodies mémorables et une montée progressive, telle une infection rampante, vers quelques rais de lumière furtifs. "Tapestries Of Misery" fonctionne aussi plutôt bien et amène pas mal de vermine dans ce processus de putréfaction sonore en cours.

Avec "Incongruous Forms Of Evergrowing Rot", FOETOREM pousse surtout très loin une thématique centrale rarement aussi bien incarnée : celle de la décomposition comme processus irréversible, presque vital. Ici, la mort n’est pas une finalité, mais une transformation lente, une mutation de la chair et de l’esprit vers un état informe, rampant, en perpétuelle altération. Chaque titre semble illustrer une étape de cette dissolution, entre putréfaction avancée, renaissance morbide et disparition progressive dans une masse indistincte. Le groupe parvient ainsi à donner une dimension presque tangible à son propos, rendant cette lente déliquescence palpable, étouffante, inévitable. Un disque qui s’écoute comme on contemple une ruine vivante, condamné à en suivre chaque phase jusqu’à l’extinction complète.

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