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Ellende - Zerfall
Chronique par Storm - Publiée le 25/04/2026
Ellende - Zerfall
Note : 5/6
Genre : Post-Black Atmosphérique
Année : 2026
Label : AOP Records
Pays : Allemagne
Durée : 50:29
Tracklist :
1.
Nur
02:34
2.
Wahrheit Teil I
07:03
3.
Wahrheit Teil II
04:31
4.
Zerfall
07:16
5.
Übertritt
06:00
6.
Ode Ans Licht
04:21
7.
Zeitenwende Teil I
06:36
8.
Zeitenwende Teil II
04:59
9.
Reise
07:09

L’écoute d’un album de ELLENDE se fait religieusement. La mélancolie prégnante, la beauté mélodique et son désenchantement, le clair-obscur d’un crépuscule sans fin sont toujours perceptibles et leur sensibilité est profonde. Cette fois, le sixième album de Lukas Gosch est un opus qui prend sa source autour du deuil d’un de ses proches. Ce dernier parle de kintsugi pour "Zerfall", afin d’évoquer cette résilience émotionnelle, cette sublimation des souffrances après un effondrement et l’inscription corporelle de ces marques, de ces blessures, dans l’existant, dans le corps et l’âme. Ces fissures, désormais visibles, transforment l’être en un autre renaissant et font partie de son histoire. Lukas Gosch a donc fait de cet album un terrain de résilience pour purger un mal-être paralysant, transformant ainsi cette submersion de tristesse en une création que nous allons détailler.

Après un premier album éponyme et un "Todbringer" affolant de beauté et si beau à pleurer – c’était il y a déjà dix ans –, et un "Ellenbogengesellschaft" un peu en deçà des attendus et des exigences, cela faisait déjà un petit temps que Lukas Gosch ne nous avait pas embarqués dans une rêverie riche où l’agressivité côtoie la mélancolie la plus délicate. C’est chose faite avec "Zerfall" qui, sans effet de manche, renoue avec le passé glorieux du projet ELLENDE. Toujours accompagné de son batteur de session, Paul Färber, dont le jeu est particulièrement soigné, Lukas nous adresse avec ce nouvel opus une poignée de titres superbes où s’entremêlent la solitude et une forme de tristesse contemplative. Les guitares brumeuses étirent leurs riffs remplis de trémolos, mais avec une production on ne peut plus propre pour le genre. ELLENDE, avec cet album, fait osciller ses compositions entre un Post-Black dépressif et un Black Metal Atmosphérique introspectif. Le chant de Lukas Gosch, plutôt classique, se veut avant tout être un porteur d’émotions, un de ces vecteurs qui potentialisent discrètement la richesse des leads.

Des motifs lumineux vont invariablement croiser d’autres plus sombres et/ou versatiles. Les deux titres "Wahrheit Teil I" et "Wahrheit Teil II" sont admirables pour cela. Accordéon, piano, cloches de vaches (oui soyez attentifs, elles tintent avec nostalgie !), guitare acoustique et instruments classiques vont se partager la tâche pour nous enivrer et nous accrocher à ce radeau perdu dans la tourmente des flots. La délicatesse subtile et les pas légers du titre éponyme, la valse des spectres romantiques et la gracilité enchanteresse de ses montées sonores, résolument modernes et décomplexées fonctionnent à merveille, provoquant par endroits une forme d’ébahissement. "Odes And Licht" m’a littéralement étreint de sa lumière. Ce titre vous tire de la torpeur des précédents pour vous dévoiler un horizon moins amer. Quel riffing splendide, quelle ode à la rêverie. Il suffit pour en magnifier sa substance de vous installer – comme j’eus l’idée de le faire –, en pleine nature, loin de toute âme qui passe, et de vous allonger pour regarder la danse des nuages et sentir la caresse du temps et du vent.

Mais "Zerfall" comprend encore d’autres titres intéressants. Écoutez donc ce violon délicat et cette basse grondante introduisant "Zeitenwende Teil I", respirez donc cette halte qui vous tend les bras à intervalles réguliers. Et puis rêvez doublement, triplement même, plongez en votre for intérieur avec "Reise", un ultime titre poignant qui se dresse face à vous comme une épreuve finale, une main sur le cœur, l’autre serrant le poing, les larmes ne pouvant que vous demander de s’écouler jusqu’à ce que vous entendiez… ce dernier effet sonore, ce point final de l’album : un appel qui se rompt, une communication qui brutalement se termine, une scansion qui clôture l’existant et je le ponctue plus.

Au fil de "Zerfall", Lukas Gosch ne se contente pas de raconter une perte : il la traverse, l’habite et la transforme. Ce qui aurait pu n’être qu’un cri étouffé devient ici un souffle, une matière vivante où chaque aspérité trouve sa place. L’épreuve initiale, brutale et désarmante, agit comme un révélateur, ouvrant sa musique à une profondeur nouvelle, plus fragile mais aussi plus lumineuse. Dans cette tension permanente entre effondrement et élévation, Gosch parvient à capter une beauté qui n’efface rien, mais qui éclaire autrement. C’est précisément dans cette alchimie, entre cicatrices assumées et élans vers l’apaisement, que réside toute la puissance de l’album : une œuvre qui ne guérit pas, mais qui apprend à regarder la douleur sans détour, jusqu’à en faire naître une forme de grâce. Superbe !

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