Dans les traverses ténébreuses, glauques et labyrinthiques – comme j’aime à le dire – du Black Metal se trouve toute une myriade de groupes épousant les circonvolutions sombres, dissonantes et habitées par la terreur du Chaos. GORRCH est un de ces projets clairement impériaux qui fait feu de tout bois pour annihiler toute perspective de tendresse mélodique. Non, ce groupe italien n’en est clairement pas là. J’ai eu le plaisir de retrouver un des membres de CHELMNO (dont vous trouverez une petite chronique en ces pages) dans ce projet, ce qui augurait forcément un album plutôt qualitatif en termes d’ambiances et de desseins maléfiques. Et, pour l’anecdote, sachez que ce duo est constitué de deux frères.
Clairement, GORRCH tabasse l’âme, voire la piétine. Le grand envoûtement y opère et prend ses droits sur le semblant d’âme qu’il nous reste. C’est aussi ce genre de marasme inquiétant, mouvant et boueux qui vous happe et vous emprisonne l’esprit, que l’on demande à ce genre de Black Metal dit « impérial » de produire. GORRCH y arrive tout à fait, en en faisant la démonstration de manière assez déterminée et puissante pour nous faire lever les sourcils et fermer les yeux de temps à autre. Certes, GORRCH ne réinvente pas la roue, mais ce projet la fait tourner diaboliquement et sans discontinuer. À l’image de cette pochette équivoque, les riffs grouillent avec une indicible volonté de malaisance et d’angoisse à l’écoute.
"Vorago" est un de ces titres incroyablement vicieux qui savent pertinemment et adroitement vous envoyer dans des souterrains suintants, attaqués de toutes parts par la sonorité de blasts prédateurs et vils. "Cryptæ", mais surtout "Larvæ", ont quant à eux ce dessein funeste de vous brutaliser avec leurs dissonances et une tension constante, mordante, contraignant le corps à une chute dans un espace mental fermé. Pour mieux me faire comprendre, je dirai que ce second album de GORRCH – et c’est un des fils rouges de cet album – n’explose jamais de manière démonstrative. Sa musique fonctionne plutôt comme une pression continue, organique et suffocante. Le chaos est contrôlé, mais sa présence est constante. Les voix sont noyées dans le mix et accentuent cet hermétisme troublant.
Point trop n’en faut, vous me direz ! Et vous n’aurez pas fondamentalement tort. L’écoute de "Stillamentum" est exigeante et pas de tout repos. La sombreur de cette musique agit comme une constriction qui ne faiblit jamais. Ce qui fascine pourtant dans ce dédale sonore, c’est cette capacité à transformer la suffocation en expérience presque méditative, comme une lente dissolution de la conscience dans un gouffre sans parois. GORRCH ne cherche pas l’impact immédiat, mais installe un rituel insidieux où chaque écoute semble creuser un peu plus profondément. À l’heure où le Black Metal explore toujours davantage ses marges les plus abstraites, "Stillamentum" s’impose comme une œuvre de persistance obscure, un labyrinthe dont on ne ressort pas indemne, et que certains prendront même plaisir à arpenter encore et encore.