Finalement, Ashmedi, le créateur et seul encore membre actif du projet MELECHESH, ne raccroche toujours pas les gants, et c’est plutôt intéressant d’écouter ce qu’il a encore en réserve, et sous le pied. Ce nouvel EP nous arrive plus de dix ans après la dernière sortie, "Enki", un album qui a divisé les critiques mais qui comportait tout de même quelques « joyausetés » mélodiques (pardonnez-moi encore pour ce syllogisme pourtant fort à propos) pas désagréables pour un sou. Cette fois, Ashmedi compose et s’occupe d’à peu près tout, du moins c’est ce qui est inscrit sur le papier. La raison véritable de la sortie de cet EP est pourtant, à l’image de la complexité des groupes à survivre dans le Metal extrême.
En effet, MELECHESH prépare son septième album mais le groupe se retrouve dans une situation financière délicate. Le studio d’enregistrement semble avoir siphonné les fonds mis à disposition par le label, sans que cela paraisse déconnant, mais en l’état, MELECHESH ne peut boucler son enregistrement faute de budget suffisant. Alors, avant qu’une campagne de crowdfunding soit lancée sous peu, Ashmedi nous propose une mise en bouche en l’espèce de ce "Sentinels Of Shamash", composé de seulement trois titres. C’est un peu maigre, mais les compositions restent à hauteur de ce que l’on pouvait attendre d’un MELECHESH bien trop absent des radars depuis un certain temps. Le sieur a bien peaufiné ses titres et la production, si coûteuse soit-elle, nous offre un niveau de transparence élevé.
Ce bon point met donc à l’honneur la puissance de la section rythmique des titres et les belles lignes mélodiques qui l’accompagnent. Maintenant, je ne vais pas tourner autour du pot : il me manque quelques riffs bien tueurs pour emballer l’écoute. Et cet aspect est valable pour les trois titres. Le Black/Thrash « mésopotamien » fait enfin son grand retour. Les riffs sont certes tranchants, mais il leur manque ce soupçon, ce petit supplément d’âme strictement nécessaire pour que les patterns s’imprègnent durablement dans notre cerveau. "In Shadows, In Light", du haut de ses plus de huit minutes, fait tout de même exception à plusieurs reprises. Ce titre, bien véloce, nous propose de nombreuses variations de rythmes et un très beau cahier des charges mélodique. Nous allons même pouvoir y entendre, très discrètement (trop ?) malheureusement, quelques notes orientales et quelques riffs arabisants. Mais il comprend aussi quelques longueurs.
"The Seventh Verdict", qui introduit l’EP, le fait avec une très belle accroche de riffs, bien thrashy à souhait, dès les premières secondes. Sans doute le titre qui sort du lot (de trois !) et qui sonne comme un très beau hit de MELECHESH, encore faut-il que vous l’écoutiez… Je passe sur le dernier titre car il ne m’a clairement pas emballé plus que cela. Ashmedi n’a cependant pas forcé son talent sur cet EP, et j’imagine qu’il le fera pour le futur album. Somme toute, ce "Sentinels Of Shamash" se présente comme une parenthèse plus que comme une véritable étape discographique. L’ensemble est solide, appliqué, parfois même inspiré, mais ne dépasse jamais vraiment ce statut de transition. On y devine un potentiel encore intact, une identité toujours reconnaissable entre mille, sans pour autant atteindre les sommets que le groupe a su proposer par le passé. Cette courte offrande a au moins le mérite de raviver l’intérêt et d’entretenir l’attente : la suite devra transformer l’essai, en livrant une œuvre plus ambitieuse, plus marquante, et surtout plus habitée.