TJOLGTJAR est un one-man band bien barré, mais du côté avant-gardiste et expérimental de la force. Américain de son état, J.R. Preston est un de ces maîtres de l’underground qui produisent un nombre conséquent de disques au travers de différents projets sans jamais trop attendre un quelconque retour. TJOLGTJAR est son principal projet, et sa création date d’avant les années 2000 — 1998 pour être plus exact. Je passe sur la dizaine de démos et de splits, et sur les quatorze albums précédant celui-ci : je ne les connais pas. Mais en vous proposant cette chronique, et en affligeant à cet album cette note (cela ne vous aura sans doute pas échappé), vous aurez compris qu’il y a bien quelque chose d’intéressant à écouter.
En regardant de plus près la discographie, je note pas mal de disparités… ce qui attise inévitablement ma curiosité. Certaines années, le sieur est archi-prolifique, tandis que, sur d’autres périodes, plus rien ne se passe. Et puis, là où certains albums proposent une durée importante (au-delà d’une heure de matériel sonore), d’autres, à l’instar de ce "Thomas", sont d’une brièveté équivoque. Et pourtant, je vous le dis tout de go, ce nouvel album a rapidement pris possession d’un espace dans mon cerveau. D’abord par son abord expérimental et singulier. Le sieur n’hésite pas à amalgamer ce qui lui plaît. Entre chant Black halluciné et délire de chant Heavy machiavélique à la URFAUST, TJOLGTJAR surprend positivement. Le mid-tempo, souvent constant, imprégné d’atmosphères parfois BURZUM-iennes, parfois psychédéliques, avec de très beaux solos bien envolés (soit dit en passant), va vous sucer les neurones pour vous zombifier comme jamais.
Ne cherchez donc pas l’agressivité démonstrative dans cet album : son courroux est vicieux, car il opère dans la pénombre sans jamais se dévoiler. Je pourrais vous citer ce passage incroyable de "Burden", intervenant vers la septième minute, après un long monologue de riffs savoureux. Une pluie tombe alors sous les coups de semonce d’un orage ; des percussions éhontées apparaissent pour vous guider, en dansant, vers un carnaval non pas coloré mais bel et bien Black Metal. La fin du titre est d’ailleurs très belle, avec ce piano sanglotant. Je vous dis cela. Pour tout vous dire, j’aimerais comparer ce projet à d’autres, mais cela m’est impossible tant cet album propose une expérience assez nouvelle. Il me fait penser, dans un registre différent certes, aux efforts produits par l’album des Allemands de BESCHWOERUNG l’année dernière.
Il y a aussi des atmosphères de Rock/Prog ou de Krautrock des 70s dans certains riffs du premier titre éponyme. Le grésil des guitares, toujours présent en arrière-plan, garde une certaine distance pour laisser les claviers prendre le lead et le pas sur des ambiances jusque-là suffocantes. Ce titre est un jeu de pistes, une énigme en soi. Je l’apprécie d’autant plus que j’ai l’impression qu’il se répand, et que J.R. Preston ne fait que répondre à ce Frankenstein troublant, si bien que j’en pardonne les quelques maladresses (peut-on vraiment les nommer ainsi ? Je ne sais). En tout état de cause, "Thomas" n’est pas le genre d’album qui ralliera la planète Black Metal, mais il saura passionner quelques défricheurs patentés… et je m’y inclus. Si vous appréciez les univers languissants, un poil tordus et délivrant quelques offrandes bizarres, ne vous privez pas : "Thomas" est pour vous.