Voilà donc un groupe francilien de Black Metal qui défie le style lui-même en lui apportant un souffle que, de mémoire de fan, l’on ne rencontre que trop rarement. Pas grand-chose à se mettre sous la dent pour obtenir quelques clefs de réponse sur cette entité : un trio d’instrumentistes et de vocalistes aux postes non connus. Là n’est point l’essentiel, surtout lorsque l’on prend la mesure du contenu de "Vie Mystique", un premier album totalement habité d’une petite trentaine de minutes.
Ce qui surprend d’emblée, ce sont les ambiances travaillées à tous points de vue, autant du côté des motifs sonores — qui pourraient nous rappeler les belles heures du Black Metal français du début des années 2000 — que des paroles, dont la scansion des textes vous conduira certainement, par analogie, à celles déclamées par RMS Hreidmarr (BAISE MA HACHE, GRAVENOIRE, THE CNK). Comme un mélange sombre et glacial d’un ANOREXIA NERVOSA et d’un EPHELES, plongés dans la nuit et les traverses d’une nature malveillante, glissant dans les ruelles puantes d’une urbanité crasse. GLACE prône habilement son art, avec une dévotion obscure et toute personnelle. Sans réserve ni avertissement, vous plongerez dans cet univers profane aux paroles bien éloignées de celles communément employées. Cela colore les atmosphères des titres, leur donnant un côté crapuleux, à la PESTE NOIRE, pas bégueule pour un sou, vous vous en doutez.
Et il y a beaucoup de choses intéressantes dans cet opus. Vous aurez par exemple le droit à quelque chose s’apparentant à un gothique-jazz vampirique assez particulier avec "Le Boogie-Woogie Des Enfants Perdus" — notamment à la fin du titre —, comme si l’on entendait un rock alternatif diabolique s’émancipant de tous les codes, y compris de ceux portés par le Metal extrême. Et, j’ai envie de vous dire, tout l’album est ainsi. GLACE est en roue libre, mais son propos n’est jamais décousu : tout se tient. "Soyons Fanatiques", qui clôture l’album, est une montée miasmatique hallucinée, dégénérée et émotionnellement dysrégulée. Comme le morceau introducteur, l’album se termine par la lecture d’une messe, comme si cet enregistrement sauvage devenait un collage agrégé au titre, invitant l’auditeur à perdre pied entre pulsion sataniste et résilience chrétienne. GLACE nous fait perdre pied dans sa lecture des choses et du vivant, et nous vivons cette ambivalence à l’écoute de "Vie Mystique".
Au final, ce premier album des Franciliens est une belle cure de jouvence qui casse les codes, avec une maîtrise certaine. Quelques écoutes supplémentaires permettent de confirmer ce primo-engouement. En définitive, "Vie Mystique" s’impose comme une œuvre rare, de celles qui dérangent autant qu’elles fascinent, et dont les aspérités finissent par révéler toute la richesse au fil des écoutes. GLACE signe ici un premier manifeste audacieux, insaisissable et profondément incarné, qui dépasse les carcans du Black Metal pour mieux les tordre à sa guise. Une entrée en matière marquante, presque rituelle, qui laisse entrevoir un potentiel aussi trouble que captivant pour la suite. Un disque qui, loin de s’apprivoiser immédiatement, impose une immersion totale et consentie. Et c’est précisément dans cette exigence que réside toute sa force.