Un album intense, à deux têtes, deux corps, quatre bras. Deux visages. Un album richement construit, mais qui, paradoxalement, dépeint un vide absolu et qui, au bout du compte, dresse un panorama effrayant d’un hourvari cosmique, puant et informe. Parce que comprendre le dark ambient, c’est d’abord faire un saut dans les années 1990.
Deux visages, car il est le fruit de la collaboration entre Claudio Dondo de Runes Order et Paolo Beltrame de Die Sonne Satan. Deux visages également, car le dark ambient de A.I.C navigue entre deux rives.
Comme je l’ai déjà écrit à propos d’autres classiques du dark ambient de cette époque charnière, les influences clairement indus, issues des premiers cheminements du genre, l’emportent sur la volonté de ne créer des atmosphères oniriques qu’à la seule force des synthétiseurs. Tout le contraire des récentes productions de Cryo : minimalisme oppressant et sans intervention humaine, overdubs rongés par la rouille, tensions oscillant entre rêve brumeux et cauchemar éthéré.
Si tout paraît pourrissant, l’ensemble industriel laisse progressivement sa place à des plages de plus en plus abstraites, dépouillées de leurs artifices rythmiques agressivement superflus. Même aux tensions les plus intenses s’invitent des répétitions vaporeuses, des samples désincarnés ; en deux mots, un dark ambient reflétant la profondeur du noir avec une puissante économie de moyens.
Sans parler d’œuvre majeure, il est important de déterrer cette dépouille aujourd’hui presque oubliée et de se rappeler les premières fondations d’un genre musical paradoxalement de plus en plus écouté à l’ère du streaming.