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Bras d'Honneur - Hate Speech
Chronique par Storm - Publiée le 05/05/2026
Bras d'Honneur - Hate Speech
Note : 2.5/6
Genre : Black Metal
Année : 2026
Label : Primitive Reaction
Pays : Ukraine
Durée : 34:14
Tracklist :
1.
Trench Knife
02:54
2.
Scum of the Earth
02:15
3.
Regicide
03:16
4.
Main de Gloire
02:31
5.
Eaten Alive by the Pigs
03:03
6.
Crown of Nails
01:34
7.
Stench of the Rotten Blood
03:17
8.
Poisoning the Hearts with Malice
04:28
9.
Disemboweled
02:41
10.
Goat Rapists
01:35
11.
Judas Cradle
02:24
12.
Shit on their Opinion
03:06
13.
Sheep in Wolf's Clothing
01:10

Ce nouveau projet de l’ami Roman Saenko (enfin, j’imagine pas pour tout le monde) pourrait rallier PRECAMBRIAN (dont je vous promets à minima la chronique de "Tectonics"…) à HATE FOREST. Entre la déflagration constante et hypnotique du premier et la fureur froide et rustre du second. Bien à l’inverse de la mélancolie atmosphérique des derniers titres de DRUDKH sortis notamment il y a très peu cette année, BRAS D’HONNEUR est univoque entre ce que ce nom de projet vous inspirera et le contenu de ce premier album : une succession de mandales au-dessus de la ceinture et de pains dans la gueule. Accompagné du fidèle Vlad, s’occupant de la martyrisation constante des fûts, Saenko nous montre qu’il a encore sacrément de l’énergie à revendre, de la suite dans les idées et des compositions à faire valoir.

Vous l’aurez compris, pas besoin de vous faire un dessin : "Hate Speech" ne fait pas dans la demi-mesure. C’est une bonne demi-heure d’attaques franches et de bellicosité bien placée qui vont s’abattre sur nos petites tronches. Les rafales de blasts y sont légion et la voix, cette fois bien trafiquée, de Roman ajoute de l’hostilité à l’hostilité. Grondante et ténébreuse, elle sonne pourtant de manière bien trop artificielle pour que nous soyons captivés par son élan. Notre duo ukrainien de BRAS D’HONNEUR fait pourtant tout ce qu’il peut pour conduire son Black/Death capiteux. Les riffs, plutôt en faible quantité par titre, sont répétés invariablement afin de potentialiser leur effet hypnotique, ce qu’accentue la linéarité de la batterie au galop.

Et c’est peut-être là où le bât blesse un peu. Les titres s’enchaînent sans vraiment développer une quelconque atmosphère, comme si l’album refusait délibérément de respirer. Cette volonté d’aller droit au but, sans détour ni variation notable, finit par jouer contre lui. L’ensemble de l’album souffre de cette mitraille continue et fort homogène tout au long de sa durée, donnant presque l’impression d’un seul et même morceau étiré sur une bonne demi-heure. Il y a bien çà et là quelques breaks, comme sur le titre "Eaten Alive By The Pigs" qui sort légèrement du lot en tentant timidement d’aérer le propos, mais cela reste assez malingre, presque anecdotique face au déluge ambiant. Il est donc assez difficile de se laisser porter ou même d’identifier des moments véritablement marquants. Assez Punk/Crust ou War Metal sur les bords, "Hate Speech" ne faiblit jamais — et c’est bien là tout le paradoxe : à force de ne jamais relâcher la pression, il finit par perdre en impact. La production est bonne, quoiqu’un peu caverneuse (mais c’est sans doute voulu), et met bien en valeur ce flux sonore continu, au risque d’en accentuer encore la monotonie.

Saenko ne se repose pas sur ses lauriers et sa production est assez conséquente ces derniers temps avec la reprise de HATE FOREST et la très bonne forme de DRUDKH, ce qui force malgré tout le respect tant la constance qualitative est souvent au rendez-vous. Mais dans ce contexte, ce nouveau projet peine à trouver une réelle justification artistique, donnant davantage l’impression d’un exutoire brut que d’une œuvre pleinement aboutie. J’aurais bien évidemment préféré un nouvel PRECAMBRIAN en lieu et place de ce nouveau projet dont j’ai un peu de mal à saisir la nécessité ou la portée sur le long terme. "Hate Speech" fonctionne à peu près lors d’une première écoute, porté par son énergie immédiate et son efficacité primaire, mais il est peu certain que j’y revienne. Faute de relief, de surprise ou d’évolution dans son propos, l’album laisse une impression fugace, celle d’un coup de poing certes bien senti, mais aussitôt oublié une fois l’impact dissipé.

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