Est-il bon de rappeler le parcours musical d’Arioch, le maître à penser de FUNERAL MIST ? Vous le connaissez depuis un certain temps au sein de MARDUK (depuis l’album "Plague Angel" sorti en 2004, pour être précis), où il officie en tant que furieux chanteur sous le pseudonyme de Mortuus. Mais FUNERAL MIST reste son bébé, ou plutôt son projet-diable, incroyablement malfaisant depuis ses débuts. Si vous avez le loisir d’écouter les toutes premières démos, notamment "Havoc Demo II '96", sortie deux ans avant cet EP, vous aurez le loisir de constater déjà cette propension d’Arioch à développer des motifs sonores irascibles, fuligineux et cherchant des victimes à attaquer.
"Devilry" est la première sortie concrète du Suédois, et déjà la violence ne fait qu’embaumer tous les pores des riffs qu’il contient, avec cet aspect dérangeant, volontiers sans filtre, toujours à même de vous asséner des coups de couteau sonores à tout moment, avec une méchanceté manifeste et une perversion sans limites. Avec beaucoup de soin pourtant et une science assez précoce (il n’a que vingt ans lorsque sort cet EP), Arioch nous distille des titres furieux gagnés par une certaine forme de diablerie fanatique bien caractéristique de la « deuxième vague » de l’école suédoise. C’est aux côtés de SVARTSYN, DARK FUNERAL, SETHERIAL que FUNERAL MIST se glisse et annonce le futur courant orthodoxe que les WATAIN, ONDSKAPT, OFERMOD et autres DEATHSPELL OMEGA déploieront à loisir, obscurcissant les cieux des desseins du Mal.
Pour l’heure, en 1998, ce "Devilry", aux rythmes rapides et aux ambiances violentes, laisse les envolées mélodiques au sous-sol, avec quelques otages déjà mal en peine, et se concentre à étendre un satanisme radical, empli de blasphèmes théologiques, de liturgies inversées, le tout chapeauté par des dissonances, des extraits sonores et des samples malsains, des structures atypiques, des ruptures, ainsi que des passages presque ritualistes. Écoutez par exemple le titre introducteur "The Devil’s Emissary", pour vous faire une première idée. Si vous ne tournez pas les talons et que vous n’avez aucun spasme, il est temps pour vous de continuer à découvrir cet EP d’un peu plus de vingt minutes. "The God Supreme", le dernier morceau, est une tuerie sans nom, totalement possédé et animé par des riffs accrocheurs (avec quelques mélodies furtives), un batteur impressionnant — et je pèse mes mots — qui martèle sacrément efficacement et dont le jeu puissant est porté par une production qui le met bien en avant. Le titre "Funeral Mist" est le seul non composé par Arioch, puisqu’il s’agit d’un réenregistrement d’une composition datant de la première démo, "Darkness", sortie en 1995, où un certain Typhos (qui rejoindra par la suite DARK FUNERAL et composera une partie de "Vobiscum Sathanas") avait le lead sur la création de FUNERAL MIST.
Si vous arrivez à vous procurer la réédition de "Devilry" proposée en 2005 par le label français Norma Evangelium Diaboli, je vous la conseille car elle contient un titre incroyable : "Hellspell 2", qui est une nouvelle mouture du morceau "Hellspell" tiré de la démo "Havoc Demo II '96". Travaillé et comportant nombre d’effets sonores et de samples bien assassins, il serait dommage que vous passiez à côté si, par malheur, vous souhaitiez découvrir ou réentendre cet EP. Préfigurant le futur manifeste "Salvation", "Devilry" est un EP charnière. Une première pierre, si ce n’est la première, du Black Metal orthodoxe. Cette scène qui va s’étendre dans les premières années 2000 avec tous ces fameux groupes dont je vous ai parlé un peu plus haut. Avec "Devilry", FUNERAL MIST ne signe pas seulement un premier méfait, mais une profession de foi incendiaire. Brut, instable et déjà habité, l’EP impose une vision rare : celle d’un Black Metal théologique, violent et visionnaire, qui dépasse son époque et annonce, dans le fracas, une ère nouvelle, profondément marquée par une ferveur mystique et une noirceur doctrinale intransigeante.