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Darkthrone - Pre-Historic Metal
Chronique par La Bête du Blizzard - Publiée le 14/05/2026
Darkthrone - Pre-Historic Metal
Note : 4.5/6
Genre : Black Metal / Heavy / Speed
Année : 2026
Label : Peaceville Records
Pays : Norvège
Durée : 41:07
Tracklist :
1.
They Found One of My Graves
05:17
2.
Pre-Historic Metal
04:19
3.
Siberian Thaw
06:45
4.
Deeply Rooted
04:58
5.
The Dry Wells of Hell
06:12
6.
So I Marched to the Sunken Empire
03:21
7.
Eat Eat Eat Your Pride
04:51
8.
Eon 4
05:24

« Darkthrone est mort. Je l’ai déjà affirmé à propos de Mayhem, dont le récent Liturgy Of Death est un non-événement tant le quatuor norvégien n’a plus rien à dire, avec des albums de plus en plus insipides et répondant à un cahier des charges digne d’une usine de boîtes à coucou. Et donc je le répète : Darkthrone est mort.

Entendons-nous : le Darkthrone coupable de la trilogie des années 1990, voire tétralogie en comptant l’excellent Panzerfaust, n’est plus depuis au moins The Cult Is Alive, sorti en 2005, qui avait initié leur période “black’n’roll”. Sauf un aréopage de puristes pour le principe, la plupart avait salué un pas de côté rafraîchissant et rempli de tubes jusqu’au menton (rien que pour les deux pistes qui ouvrent le bal, The Cult of Goliath et Too Old Too Cold). Puis la nouveauté s’est durablement installée pendant une décennie : trois albums, des EP. Gimmicks propres au proto-black metal, de Venom à Hellhammer, hommage vibrant au punk, au heavy à papy ou encore au thrash, prééminence du chant de Fenriz, production analogique résolument old school… Qu’on aime ou pas, cette période “à 360 degrés”, c’est un mélange couillu de sincérité métallique et de bonhommie à renfort de riffs une bonne partie du temps orgasmiques.

J’admets une naturelle tendance à jouer l’historien sur des carrières aussi riches, mais ce seizième album s’inscrit résolument dans la continuité logique d’à-coups plus ou moins heureux. La décennie qui a suivi, entre 2016 et aujourd’hui, a essuyé un éphémère retour à une version plus épurée et “black metal primaire” avec le correct mais oubliable Arctic Thunder. Puis le duo navigue entre du bon, voire très bon (Old Star, proche de Celtic Frost ; Eternal Hails……, inspiré) et du tout juste moyen (Astral Fortress). Des à-coups, des retours aux sources de la seconde vague, puis de la première — en tout cas de vrais pas de danse.
Et ainsi, au bout d’un moment, la lassitude peut s’installer, et l’auditeur passionné que je suis ne plus être dans l’attente de quoi que ce soit.

Pourtant, il faut bien avouer que la première écoute de Pre-Historic Metal est une heureuse surprise. Dès le titre d’ouverture : son cru et authentique, rendu analogique, riffs simples et immédiatement entêtants, un gros mid-tempo bien thrash embarque l’auditeur au cœur des années 1980. Nostalgique, oui, mais absolument pas poseur pour autant. Le titre est vraiment cool, primesautier et efficace, mais laisse rapidement la place à des atmosphères plus épaisses et noirâtres : un lead de guitare et un synthétiseur posent sans difficulté une ambiance cosmique et solitaire. On savait les norvégiens capables de mettre à profit leurs diverses influences, allant des années 1970 jusqu’à la seconde vague du black metal, mais on ne s’attendait pas vraiment à ce type de petite surprise en termes d’écriture au sein d’un même titre. Ils réitèrent d’ailleurs d’une façon similaire sur Siberian Thaw, alternant entre celtic-frosterie primaire et passage psychédélique renforcé par une surprenante basse au son agréablement rond.

Les huit titres de l’album sont d’une égale qualité et, comble du bonheur, sont chacun d’une singularité qui tranche avec leurs récents albums plus oubliables. Punkisant et archaïque, le chant de gosse criard de Fenriz sur le titre éponyme rend des airs de démo bien roots. Plaisir coupable assumé qui renvoie au spleen de l’adolescent metalleux au moment de l’enregistrement de sa première démo en 1988, et dont personne ne prendra ombrage tant qu’il est doté d’un minimum de bon goût. Des titres ça et là bien proto, bien metal, ambiance noire, souvent thrash/punk, parfois heavy/doom, le tout à l’ancienne, où chaque riff, chaque idée sont intègres et sincères. Un bon album de metal noir, tout court. Et tout au milieu de ces sucreries, l’amour de Fenriz pour le space rock, les ambiances psychédéliques revient sur So I Marched To The Sunken Empire, rappelant son projet ambient/electro perché Neptune Towers.

Si la notation revêt encore quelque importance pour vous, considérez que mon 4,5 a été décidé au regard de l’ensemble de la carrière du groupe, que je connais très bien. Et que, pris isolément, il en vaut bien 5.

Darkthrone est mort ?
Vive Darkthrone !

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