Le duo américain aurait très bien pu aller vers la composition musicale pour le cinéma plutôt que vers le Black Metal, tant, dès ses débuts, il savait manier l’art des orchestrations symphoniques et avait le sens des envolées émotionnelles. Une grosse poignée d’années avant leur second album ("Allakabêth" est paru en 2025, et vous pouvez en lire une chronique en ces pages), Lord Bauglir et Griss s’essayaient déjà à faire progresser leur jusqu’au-boutisme symphonique et épique, non pas pour s’emparer de la couronne SUMMONING-ienne, hors de portée, mais davantage pour se frayer un chemin vers le repaire de leurs influences certaines, autrefois gardé par les Norvégiens de LIMBONIC ART (c’est indéniable), ou bien encore leurs confrères et compatriotes ODIUM, TIDFALL ou autres OBTAINED ENSLAVEMENT.
Ce premier essai est déjà un opus d’une durée conséquente puisqu’il affiche plus d’une heure au compteur (1 h 10 pour être exact). D’emblée, passée l’introduction, j’ai eu le sentiment soudain d’écouter un ABIGOR sous obligation symphonique — un peu comme la direction entreprise lors de leur album "Supreme Immortal Art" —, avec ces riffs froids et cette batterie congelée tambourinant depuis le permafrost. Mais c’est aussi à la vague des groupes de Nagash, TROLL et CARPE TENEBRUM, à laquelle j’ai également pensé. Mais j’ai envie de vous dire que ce "Hymns Over Anfauglith" n’atteint pas le niveau des albums des groupes sus-cités. Copieux (trop ?) et plutôt brouillon dans ses enchaînements grandiloquents, l’album ne passionne pas vraiment. Le résultat final n’est pas à la hauteur des ambitions du groupe.
L’absence de passages atmosphériques exceptionnels ou tout simplement entêtants ne permet pas de temporiser les longueurs inévitables. Passés l’introduction et le premier titre, l’effet de surprise s’estompe et laisse place à des assemblages et des découpages symphoniques amalgamés à des riffs très en retrait et des vocalises étouffées et peu porteuses d’ambiances. Alors, je suis plutôt mal en peine pour vous déchiffrer quelques titres et vous en proposer certains plus que d’autres. "Hymns Over Anfauglith" s’éparpille trop pour que j’en devine la substantielle moelle à transmettre. À vouloir constamment noircir le ciel de couches orchestrales et d’emphases héroïques, ANFAUGLIR finit par diluer ses propres intentions dans une démonstration certes sincère, mais encore immature. L’album donne davantage l’impression d’un vaste chantier aux fondations prometteuses que celle d’une œuvre pleinement maîtrisée, comme si le duo cherchait encore la juste articulation entre la majesté symphonique qu’il convoite et la nécessité de laisser respirer ses compositions.
Et c’est précisément ce qui rend la suite de l’histoire particulièrement fascinante. Car il aura fallu attendre dix-sept longues années pour voir ANFAUGLIR transformer ces aspirations brouillonnes en une véritable force de frappe émotionnelle et épique avec "Allakabêth" en 2025. Un gouffre temporel presque irréel dans le Black Metal contemporain, mais surtout un écart qualitatif considérable. Là où "Hymns Over Anfauglith" peinait à canaliser ses ambitions, son successeur les transcende avec une maîtrise, une cohérence et un souffle autrement plus impressionnants. Comme si tout ce premier album n’avait finalement été qu’une longue et laborieuse montée vers l’œuvre que le duo portait déjà en lui sans encore parvenir à lui donner pleinement corps.