"Majestic Nothingness" sort à un moment charnière de la scène norvégienne. Le Black Metal sort de son esthétique raw façon DARKTHRONE, pour emprunter un chemin entouré d’une faune plus atmosphérique, mélodique et symphonique. Le cerveau du projet, Astennu, vient de débarquer en Norvège depuis son Australie natale et entame avec Nagash, ce nouveau projet en proposant un premier album entièrement composé par ses soins. Noyé parmi les sorties légendaires de cette année-là en Norvège, "Majestic Nothingness" est pourtant dans l’air du temps. Développant un riffing à la mélancolie glaciale, au romantisme nocturne et aux empreintes mystiques, ce premier album, aux touches gothiques et théâtrales légères, s’il n’a pas la carrure des "Enthrone Darkness Triumphant" de DIMMU BORGIR, "Anthems To The Welkin At Dusk" de EMPEROR, ou de la "Masquerade Infernale" de ARCTURUS, conserve un attrait, c’est certain.
Inutile de vouloir le comparer, il suffit de le prendre pour ce qu’il est : un premier essai assez réussi, sans réelles fausses notes, ni titres tueurs. Avec son ambiance froide portée par le blizzard des riffs et ses claviers point trop mis en avant, CARPE TENEBRUM développe bien plus des structures hypnotiques que des envolées mélodiques. D’un côté, il me fait penser aussi à certains motifs sonores du "In Times Before The Light" de COVENANT (un des groupes de Nagash justement) sorti en 1995, de l’autre j’ai tendance, à son écoute, à me rappeler quelques soubresauts du "Aspera Hiems Symfonia" de ARCTURUS, avec quelques leads bien dentelés comme il faut, mais aussi la très belle "Landscape Symphonies" des Allemands de MEPHISTOPHELES. Sorti en 1997, "Majestic Nothingness" a pourtant été enregistré à la fin de 1995, lorsqu’Astennu venait tout juste de s’établir en Norvège et créchait chez Metalion (le boss du label Head Not Found et figure culte du fanzine Slayer Magazine). Les compositions datent donc de cette période charnière, celle de l’avant explosion de la seconde vague norvégienne.
Et à bien réécouter ce premier album, jamais trop plébiscité, jamais correctement distribué, tout fan de Black Metal de la seconde vague aura de quoi sustenter ses oreilles. "Velvet Claws" est un excellent titre qui jouit d’un très bon riffing et d’atmosphères trippantes. Écoutez la ballade atmosphérique qu’est "Drain The Labyrinth" également, et ne me dites pas qu’elle est inintéressante. J’approuve aussi le plus dynamique "Temptress Luna" et accepte d’emblée (il s’agit du titre introduisant l’album) les vocalises monocordes de Nagash… "Majestic Nothingness" souffre peut-être encore de la comparaison des brûlots sortis en même temps, mais à bien y réfléchir et à le réentendre, je constate qu’il mérite sa breloque et peut figurer aisément dans cette série chère à mon cœur, celle des pépites oubliées des 90s.
Tout n’est point parfait, certes. L’album comporte des titres qui se ressemblent et emballent évidemment bien moins l’écoute, mais "Majestic Nothingness" n’est ni mauvais ni moyen. Il comporte en son sein quelques clefs magiques, celles qui permettent d’ouvrir et de ressentir l’ambiance, le parfum, le son de cette période bénie dans laquelle tant de groupes actuels puisent à l’envie.